Le temps, c'est de l'argent



Dans certaines transactions boursières, il faut agir très vite pour saisir une occasion avant ses concurrents, ce qui influe sur la gestion du risque. Matthieu Bouvard, chercheur en finances à l'Université McGill, a étudié l'impact de l'urgence dans les transactions des négociants en Bourse et s'est intéressé notamment aux arbitrages. 

La vitesse d'exécution peut mener à une accumulation de risques pouvant placer des institutions financières en difficulté.

Dans certains cas, les actions d'une même société sont vendues sur deux marchés différents, par exemple, la Bourse de New York et celle de Shanghaï. Or, certains écarts de prix temporaires apparaissent parfois entre les titres vendus sur les deux Bourses. Les négociants sont donc tentés de vendre les actions de cette société qu'ils possèdent dans la Bourse où elles valent le plus cher, d'acheter celles qui se vendent moins cher sur l'autre Bourse et d'empocher les profits. 

Selon le modèle théorique construit par Matthieu Bouvard, dans cette situation, si le négociant anticipe que ses concurrents feront preuve de prudence, il s'autorisera à prendre plus de temps pour évaluer les paramètres de la transaction. Cette option, préférable quand il s'agit de gestion de risque, n'est pas toujours privilégiée : si le négociant anticipe que tout le monde voudra exécuter la transaction rapidement, il agira le plus vite possible, ce qui augmentera le risque. 

Ces travaux ont permis de reconnaître l'impact de l'anticipation du négociant sur la vitesse à laquelle il agira et donc, sur sa prise de risque. Quand on observe ces prises de décision collectivement, cette vitesse d'exécution peut mener à une accumulation de risques pouvant placer des institutions financières en difficulté, voire contribuer à une crise financière. Le chercheur a partagé ses résultats avec de nombreux acteurs du monde de la finance, y compris ceux dont la tâche est de réglementer le secteur, afin d'explorer des pistes qui permettront de réduire ces risques.