Des musées qui militent pour les droits de la personne



Elle a constaté que tous abordent cet enjeu avec une optique différente selon le contexte sociopolitique, juridique et culturel qui leur est propre.

Depuis le début des années 2000, un nombre croissant de musées des droits de la personne a vu le jour. Ces établissements œuvrent à rappeler certains épisodes précis de violation de ces droits, afin d'éviter que soient commis d'autres crimes du même genre. Pendant trois ans, Jennifer Carter, chercheuse en muséologie à l'Université du Québec à Montréal, a comparé quelques-uns de ces musées établis au Canada, au Japon, au Paraguay et au Chili.

Elle a constaté que tous abordent cet enjeu avec une optique différente selon le contexte sociopolitique, juridique et culturel qui leur est propre. Les musées d'Amérique latine sont très axés sur la négation des droits pendant les dictatures. C'est le cas au Paraguay – où deux musées de la capitale, Asunción, traitent du régime autoritaire d'Alfredo Stroessner – et au Chili, où le Museo de la Memoria y los Derechos Humanos traite du gouvernement d'Augusto Pinochet. Sur ce continent, les musées sont souvent le fruit de recommandations provenant de commissions de réconciliation ou de vérité.

Au Japon, la question identitaire occupe une place importante. Le Liberty Osaka Museum, par exemple, abordait au départ la marginalisation sociale des « burakumin ». Ces derniers descendent de gens dont les métiers, comme la boucherie et la tannerie, étaient jugés « impurs » par le bouddhisme japonais. Cet établissement a élargi sa mission à d'autres sujets, dont la discrimination sociale.

Le Musée canadien pour les droits de la personne aborde cette question sous un angle plus international, s'attardant notamment à des figures comme Nelson Mandela. Il souhaite aussi illustrer l'engagement de Canadiens comme John Peters Humphrey, qui a participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cet établissement présente également des expositions sur des sujets canadiens, comme la lutte des Autochtones et des Noirs pour leurs droits.

Ces travaux font avancer les connaissances sur l'émergence de ce phénomène muséal dans un contexte historique précis et font progresser l'interprétation institutionnelle que font ces musées de la notion de « droits » et de leur muséalisation dans des contextes géopolitiques divers.