Sortir du piège : la collaboration entre le gouvernement canadien, l'industrie de la fourrure et les groupes autochtones à la défense du piégeage contre les activistes du droit animal

 

Johnny Boghossian

Université Laval

 

Domaine : gestion des organisations

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Au milieu du 20e siècle, les groupes activistes animaliers ont pris pour cible la chasse au phoque effectuée au Canada. Le succès de leur campagne de lobbying a mené à l'interdiction temporaire de la vente de la fourrure de blanchon sur les marchés européens en 1983, causant l'effondrement total de cette industrie et d'importants impacts économiques et sociaux négatifs sur les communautés maritimes. Les activistes ont ensuite tourné leur attention vers la pratique de piégeage par l'industrie de la fourrure canadienne.  Ils ont obtenu beaucoup de succès auprès du Parlement européen en mettant en avant des mesures d'interdiction d'importation sur certains types de fourrures. 

Cependant, la réponse canadienne à la campagne anti-piégeage était considérablement différente. Il y avait 100 000 trappeurs dans le Nord canadien à cette époque. Les effets négatifs d'un effondrement du piégeage auraient était à une échelle beaucoup plus grande que celle de la chasse au phoque. Le gouvernement canadien, grâce à un programme secret intitulé « The Fur Industry Defense Program », a aidé à mobiliser un contremouvement réunissant l'industrie de la fourrure et les groupes autochtones. Ils ont cherché à encadrer (« frame ») le piégeage comme étant écologiquement durable et nécessaire pour la survie culturelle des autochtones. Leurs efforts ont abouti à des accords internationaux qui ont protégé les intérêts de l'industrie en veillant à ce que les marchés restent ouverts.

Le but de cette recherche est d'étudier les interactions entre le gouvernement canadien, l'industrie et les acteurs de la société civile autour de ce qui était une question très controversée. Plus précisément, la recherche se concentrera sur l'analyse (1) du rôle de l'État dans la mobilisation et l'organisation d'un contremouvement, (2) des moyens employés par les contremouvements de l'industrie pour atténuer les menaces des mouvements activistes (3) le rôle de l'État dans l'institutionnalisation des discours de contremouvement. La recherche sera basée dans la théorie organisationnelle. Bien qu'une grande partie de la recherche ait étudié la façon dont les mouvements sociaux affectent les entreprises et les industries, il y a un intérêt croissant en ce qui concerne la façon dont ceux-ci peuvent atténuer les menaces des activistes. La recherche proposée contribuera à cette littérature émergente, ainsi que de fournir de perspectives entièrement nouvelles en recherchant la relation collaborative qui a émergé entre l'État et l'industrie.

La recherche utilisera l'analyse du discours pour étudier comment le contremouvement a émergé et s'est déroulé. Compte tenu de l'importance du discours dans le cas, il étudiera le processus par lequel les cadres « frames » du contremouvement ont été créés et déployés dans le monde entier. La source principale des données sera archivistique. Le gouvernement canadien maintient de vastes archives et des « demandes d'accès à l'information et de protection des renseignements personnels » seront soumises aux ministères concernés et à Bibliothèque et Archives Canada. En tant que deuxième source de données, des entretiens seront menés avec des participants du contremouvement. Les entretiens fourniront une meilleure compréhension contextuelle des évènements décrits dans les archives.