Savoir et connaissance de soi au XVIIe siècle

 

Judith Sribnai

Université de Montréal

 

Domaine : arts, littérature et société

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

La première moitié du XVIIe siècle est marquée par la révolution scientifique. Elle voit, par ailleurs, l'avènement du sujet dit « moderne » dont la philosophie cartésienne, à la fin des années 1640, est souvent considérée comme l'acte de naissance. Durant cette période, les discours scientifiques se transforment : valorisation de l'expérience sur l'érudition, distinction de la science ou philosophie naturelle et de la superstition, exploitation de nouveaux instruments comme le microscope. C'est ce qu'a très bien montré notamment l'histoire des sciences (G. Simon, S. Mauzaric). Ces éléments changent la relation du savant à la connaissance mais aussi la perception qu'il a de son rôle et la représentation qu'il en donne. En se plaçant dans la perspective d'une analyse des discours, ce projet propose d'étudier les manières dont s'est raconté l'accès au savoir et à la nouvelle science dans cette première moitié du siècle.

Différents récits sont mobilisés pour illustrer cette pratique savante : le récit de voyage, le récit de conversion philosophique ou religieuse, l'épopée, la promenade. L'accès au savoir y est présenté comme une épreuve intellectuelle et sensible, comme un voyage ou un cheminement mobilisant la raison autant que le corps : il faut sortir de chez soi, expérimenter et voir par soi-même. Cela suscite douleur et plaisir, impliquant une attention à soi. Cela suppose une transformation personnelle et une connaissance de soi. L'hypothèse de ce projet est donc que le récit d'accès au savoir, promotion d'une nouvelle science, est indissociable du développement d'une réflexivité nouvelle du sujet. Une telle analyse permet d'interroger et d'éclairer l'origine des divers discours sur la connaissance de soi qui voient le jour à partir des années 1660 : Mémoires, écrits moralistes, romans « psychologiques » comme La Princesse de Clèves.

Le corpus se compose de différentes formes de narrations personnelles : roman à la première personne (comme L'Autre Monde de Cyrano de Bergerac), somme encyclopédique (telle La Science universelle de Charles Sorel), traité ou discours (comme le Discours sur les divers incendies du Mont Vésuve de Gabriel Naudé). Ces œuvres ont en commun de mettre en scène un « je » héraut d'une modernité savante et se mettant en scène comme tel.

Cette recherche se donne trois objectifs principaux :

  1. Poursuivre une réflexion sur les rapports entre science et fiction sous l'Ancien Régime : quels récits ont participé à la promotion et à la diffusion de la science moderne, comment s'est élaborée une figure du savant dont nous avons en grande partie hérité ?
  2. Préciser une histoire du récit et de ses formes dans la première moitié du siècle : comment se sont influencés les genres du récit de voyage et du récit d'expérience scientifique par exemple ?
  3. Contribuer à une histoire de la subjectivité au XVIIe siècle, dans le prolongement des travaux sur les moralistes et les écrits du for intérieur : comment se sont développés et contés, en amont, connaissance et souci de soi, intimité, rapport du sujet à son corps ?