Saturation épistémologique, réaction épidermique : Jusepe/José de Ribera et la dissimulation de la vision

 

Itay Sapir

Université du Québec à Montréal

 

Domaine : arts et littérature

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2014-2015

L'œuvre du peintre hispano-napolitain Jusepe/José de Ribera poursuit la déconstruction des normes artistiques de la Renaissance, amorcée au début du XVIIe siècle par Caravage, tout en créant une variation particulière de   cette entreprise transgressive. Dans un contexte de crise épistémologique et d'une saturation du savoir, dont les similarités avec notre propre présent sont loin d'être négligeables, Ribera crée des peintures qui, paradoxalement, remettent en cause la validité et la supériorité de la vue, le sens auquel elles s'adressent, et qui ouvrent le champ sensoriel à d'autres hiérarchies et constellations. Ribera s'intéresse tout particulièrement au toucher et aux textures, notamment cutanées, ce qui positionne son art aux antipodes de la peinture humaniste de la Renaissance, rationnelle, transparente et désincarnée, mais  l'éloigne aussi des inventions caravagesques, lisses et brillantes.

Ce projet vise à relier cette nouvelle manière de peindre avec les tendances culturelles et intellectuelles à Rome et à Naples lorsque Ribera y fait carrière, et montrer comment Ribera, tout comme ses contemporains philosophes, scientifiques et littéraires mais par ses propres moyens picturaux, fait face à l'expansion des savoirs et aux failles des systèmes épistémologiques existants. À l'aide de cet antécédent historique, je chercherai également à interroger le positionnement de l'art actuel à l'ère de l'explosion informatique.