Religion et stigmatisation sociale au Québec

 

Jan Doering

Université McGill

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Depuis la Révolution tranquille la société québécoise affirme fièrement sa laïcité. Conséquemment, la dynamique des pratiques religieuses au Québec est devenue de plus en plus complexe. Ces dernières décennies, les communautés religieuses ont connu un regain de vitalité, ce qui a déclenché des conflits autour des questions des accommodements raisonnables et du rôle de la religion dans la vie publique. Le présent projet examine comment des membres pratiquants de trois communautés religieuses – 1) musulmans; 2) juifs orthodoxes; et 3) chrétiens évangéliques franco-canadiens – vivent leur foi dans un contexte laïque. En particulier, le projet examine la religion et la religiosité comme causes potentielles de la stigmatisation. Contrairement à d'autres concepts tels que les préjugés ou l'ethnocentrisme souvent utilisés dans ce domaine de recherche, le concept de la stigmatisation concentre l'attention des chercheurs sur l'expérience des personnes touchées ainsi que sur la manière dont elles interprètent leur statut au sein de la société. De plus, le concept permet de saisir une plus grande variété d'expériences que le concept de la discrimination perçue.

La recherche sera effectuée parmi des congrégations religieuses à Montréal ainsi que dans des groupes confessionnels d'étudiants dans les universités montréalaises. À l'aide de méthodes d'observation, d'entretien, et de groupes de discussion, le projet documentera les expériences de stigmatisation des membres des trois groupes musulman, juif et chrétien évangélique. De plus, le projet déterminera les narrations communes qui circulent au sein de ces groupes et qui définissent quand et comment leurs membres perçoivent la stigmatisation. En effet, la stigmatisation n'est pas un élément objectif universel, mais constitue plutôt une interprétation de situations habituellement relativement ambiguës. Selon les narrations existantes au sein de leur communauté, les individus pourraient considérer certaines situations comme faisant partie ou non de situations de stigmatisation.

Le projet contribuera de plusieurs façons à la connaissance scientifique et au discours public. Premièrement, le projet offrira un aperçu contextuel de la situation de trois communautés religieuses au Québec. Dans le débat actuel sur les accommodements raisonnables, le fait de mieux comprendre la situation des Juifs – et des musulmans en particulier – présente un intérêt public important. Deuxièmement, si les chrétiens évangéliques suscitent moins de controverses académiques au Québec, l'intérêt du public est grandissant pour ce groupe en expansion. De plus, leur expérience offrira un bon point de comparaison dans la mesure où les évangéliques franco-canadiens ne se distinguent pas de la majorité de la société aux plans de l'ethnicité et du statut d'immigration. Troisièmement, l'étude fera avancer la théorie sur la stigmatisation sociale et sa gestion, en particulier en examinant comment les narrations communes façonnent les perceptions de la stigmatisation.