Prosodie, morphosyntaxe, et gestuelle des questions produites en face à face

 

Francisco Torreira

Université McGill

 

Domaine : langues et langage

Programme soutien à la recherche-création pour la relève professorale

Concours 2018-2019

Une caractéristique fondamentale des messages parlés en face à face est qu'ils comportent nécessairement plusieurs niveaux communicatifs réalisés en parallèle : la prosodie (ex. le choix d'un patron mélodique particulier), la morphosyntaxe (le choix d'une séquence particulière de mots), et la gestuelle (ex. un haussement des sourcils ou des épaules). La prosodie comprend les aspects articulatoires et acoustiques de la parole correspondant à des facteurs autres qu'un choix particulier des mots : a) la modulation mélodique de la voix, b) la durée de sous-parties de l'énoncé telles les syllabes, c) la modulation de l'intensité acoustique, ainsi que d) d'autres aspects relatifs à la phonation et à l'articulation déterminés par la structure prosodique de l'énoncé (ex. renforcement articulatoire des consonnes en début de phrase intonationnelle).

L'un des rôles les plus fréquents de la prosodie dans l'interaction verbale est celui de signaler l'attitude communicative du locuteur. Plus concrètement, l'expression du caractère interrogatif d'un énoncé par des moyens prosodiques est particulièrement récurrente à travers les langues. En français, par exemple, une intonation finale montante dans un énoncé tel que "Il pleut" peut signaler la formulation d'une question là où une intonation finale descendante signalerait une assertion. Cependant, la prosodie n'est pas le seul moyen employé afin de distinguer les énoncés interrogatifs des autres types d'énoncés : en français, les questions absolues peuvent aussi être signalées par des formules syntaxiques (ex. Pleut-il ?), ou par des gestes (ex. un haussement des sourcils).

Le but de ce projet est de comprendre comment la prosodie, la morphosyntaxe, et la gestuelle sont intégrées lors de la production et la compréhension de la parole dans le cas des énoncés interrogatifs en français. Tout d'abord, nous ferons une analyse quantitative et qualitative de données observationnelles issues de corpus de conversations tenues en face à face par des locuteurs montréalais et parisiens. Pour ce faire, nous créerons et publierons un nouveau corpus de français montréalais comparable au Nijmegen Corpus of Casual French, un corpus de conversations en français parisien que nous avons recueilli dans le passé. Deuxièmement, sur la base d'observations préalables, nous formulerons des hypothèses relatives à la forme et le sens des énoncés interrogatifs contenus dans nos corpus. Troisièmement, nous procéderons à des expériences psycholinguistiques de production et perception afin de tester les hypothèses pertinentes.

Nous prêterons une attention particulière à l‘existence possible en français de patrons prosodiques, morphosyntaxiques, et gestuels associés à différents types d'énoncés interrogatifs, tel qu'il en est pour d'autres langues voisines (l'anglais, l'espagnol, l'italien). L'utilisation de conversations tenues par des locuteurs montréalais et parisiens nous permettra de préciser le rôle de la prosodie et de la gestuelle dans des variétés linguistiques différentes du point de vue de leur utilisation de la morphosyntaxe, puisque, dans le langage conversationnel, le français québécois semble faire usage de formules morphosyntaxiques (ex. Pleut-il ?) bien plus souvent que le français parisien. Plus généralement, les résultats de ce projet nous permettront de mieux comprendre comment les actes de langage sont encodés et interprétés dans l'interaction verbale entre humains.