Nouvelle mouvance d'innovation sociale au Québec : logiques d'action et modes de fonctionnement des entreprises sociales

 

Sonia Tello-Rozas

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

Je m'intéresse aux entreprises sociales, soit des organisations qui visent à résoudre des problèmes sociaux à travers une activité productive. Dans le contexte du Québec, ces entreprises représentent traditionnellement des organisations sociales et collectives, elles sont bien ancrées, institutionnalisées (Lévesque, 2013; Mendell, 2010) et reconnues par la Loi de l'économie sociale. Toutefois, pendant les deux dernières décennies, « de nouvelles entreprises combinant des objectifs sociaux et économiques apparaissent, s'adressant à des problématiques sociales ou environnementales émergentes » (Bouchard et al., 2017). Ce type d'entreprises fait l'objet de classifications internationales (Defourny et Nyssens, 2010) et leurs modèles d'affaires ont été davantage étudiés dans le contexte des pays en développement (Comini et al., 2012 ; Yunus et al., 2010). Cependant, bien que les modèles conçus pour ces organisations suscitent l'intérêt du domaine de la gestion (p. ex., Osterwalder et Pigneur, 2013), la littérature sur le sujet reste encore limitée (Bouchard, et al., 2015 ; 2017).

Dans le but d'étudier en profondeur les entreprises sociales dans le contexte du Québec pour comprendre leur dynamique, leur logique d'action et de fonctionnement et pour donner des pistes quant à leur effet transformateur à niveau sociétal, je propose une recherche qualitative organisée en trois étapes. Pendant la première,  j'entreprends de réaliser une cartographie (une vaste recension d'organisations avec leurs caractéristiques et leur localisation géographique) des entreprises qui s'affichent comme étant « sociales », c'est-à-dire qui soulignent leur participation à des missions sociales ou environnementales tout en ayant un but lucratif. Pour la deuxième étape je propose de réaliser 10 cas en profondeur d'entreprises sociales porteuses d'innovations sociales en utilisant un cadre théorique influencé principalement par la théorie de la structuration (Giddens, 1984) et par l'approche contextualiste de Pettigrew (Pettigrew, 1990). Enfin, pour la troisième étape, je prévois de trianguler les données provenant des deux phases précédentes et de mettre en place deux activités parallèles : un processus de théorisation sur les entreprises sociales et leurs effets sur les innovations sociales; et la mise en place d'une plateforme virtuelle (site Web) contenant la cartographie qui sera disponible aux chercheurs, aux étudiants et aux praticiens. 

Avec les résultats, j'entrevois des contributions autant à la recherche qu'à la pratique. D'une part, la théorisation de ces résultats pourra contribuer significativement au corpus de la littérature sur les entreprises et les innovations sociales en identifiant des éléments portant sur les caractéristiques et les effets sociétaux de ces entreprises. Ces résultats enrichiront aussi la littérature en gestion en apportant des éléments novateurs liés à la dynamique de ces organisations complexes. D'autre part, les résultats de la recherche se concrétiseront, chez les praticiens, les entrepreneurs et les organisations de support à l'économie sociale et aux innovations sociales, par l'emploi d'un outil, soit une plateforme virtuelle contenant une cartographie et des informations sur des entreprises sociales, pertinent à la compréhension de ces entreprises, leurs rôles et leurs répercussions dans l'écosystème de l'innovation social au Québec.