Les inégalités sociales dans le vécu de la douleur chronique : les négociations avec les professionnels soignants

 

Estelle Carde

Université de Montréal

 

Domaine : personnes, communautés et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2016-2017

Une douleur dite chronique interfère sur la vie sociale de l'individu qui en est porteur : elle l'empêche de travailler, rend pénibles ses tâches domestiques, lui ôte tout plaisir à fréquenter des amis, etc. Dans ce contexte, la reconnaissance que fait un professionnel soignant de la plainte douloureuse est cruciale car elle peut aider l'individu à négocier avec les acteurs de son entourage pour leur faire accepter ces interférences dans les diverses sphères de sa vie sociale (milieu de travail, famille, réseau d'amis, etc.); à l'inverse, si le professionnel met en doute la réalité de la douleur, ces négociations sont plus difficiles.

De nombreuses études quantitatives décrivent, en Amérique du Nord, la tendance des professionnels à sous-traiter la douleur chronique, en particulier celle des personnes de faible statut socio-économique, des femmes et des personnes issues des minorités racialisées. Très rares sont en revanche les études qui cherchent à comprendre pourquoi la plainte douloureuse de ces groupes sociaux est plus susceptible d'être discréditée.

Ce projet de recherche qualitative entend combler cette lacune : il porte sur les inégalités sociales dans la prise en charge de la douleur chronique, dans une perspective intersectionnelle. Pour ce faire, 20 personnes porteuses d'une douleur chronique vivant à Montréal seront rencontrées en entretien semi-directif, ainsi que, pour chacune, 2 des professionnels  soignants qui les suivent (soit 40 au total). De plus, une consultation pour chaque personne sera observée. Il s'agira ainsi de contribuer à la connaissance sociologique des inégalités sociales tout en soulevant un enjeu majeur de justice sociale.