Les équipes extrêmes: Développement d'une nouvelle échelles de mesure et étude empirique pour mieux soutenir leur performance

 

Jean-François Harvey

HEC Montréal

 

Domaine : gestion des organisations

Programme à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Ce projet se concentre sur un phénomène de plus en plus répandu dans le monde des affaires d'aujourd'hui : faire équipe au-delà des frontières de la connaissance. Ces "équipes extrêmes" sont caractérisées par des membres issus de milieux divers (ex. : expertise, organisation, industrie) qui sont appelés à collaborer pour innover. Il n'est toutefois pas facile de travailler aux frontières de la connaissance et la recherche peine à fournir un éclairage pertinent pour la pratique. En fait, les outils utilisés par les chercheurs s'intéressant aux équipes de travail ne peuvent adéquatement rendre compte de ce nouveau phénomène.

Bien que la diversité des membres d'une équipe est une variable qui est étudiée depuis des décennies, elle repose sur des mesures qui ne permettent pas de saisir complètement la complexité des équipes extrêmes. L'indice de Blau, en particulier, a été développé il y a plus de 40 ans et sert encore aujourd'hui dans les études qui considèrent la diversité de la connaissance (ex. : profession) que présentent les membres d'une équipe. L'indice fournit une observation de la proportion de membres de l'équipe dans une catégorie donnée par rapport à la somme de toutes les catégories. Si une équipe est homogène en ce qui concerne la catégorie en question (ex. : si tous les membres de l'équipe sont des ingénieurs), l'indice Blau est 0. Si tous les membres de l'équipe représentent une profession différente, l'indice Blau se rapproche de 1. Ainsi, un groupe de deux infirmières, deux travailleurs sociaux, et une oncologue est aussi varié qu'un groupe de deux infirmières, deux ingénieurs et un banquier. Cette mesure ne fournit aucune information sur l'étendue des perspectives conflictuelles que ces différences peuvent représenter. Cela limite de manière significative l'identification d'approches appropriées pour gérer les dynamiques qui peuvent émerger lorsque des individus collaborent aux frontières de la connaissance. Cela nuit grandement au pouvoir explicatif des théories tirées d'études empiriques sur le sujet.

Ce projet développera une nouvelle échelle pour mesurer la diversité des connaissances au sein des équipes de travail. Cette échelle prendra mieux en compte les différentes frontières de la connaissance qui doivent être traversées et elle sera utilisée à travers une étude empirique sur des équipes qui ont fait face à de tels défis. Cette étude mobilisera d'autres construits bien établis dans la littérature sur les équipes de travail (ex. : le conflit axé sur la tâche) et testera ainsi un modèle théorique mieux adapté à la complexité de notre phénomène.

Le travail d'équipe étant au cœur du progrès technologique (Jones, 2009) et les équipes étant plus susceptibles que les individus de développer des innovations (Uzzi et al., 2013), ce projet permettra le développement d'un savoir essentiel pour la province de Québec. Bien que les connaissances soient abondantes et variées pour les organisations d'aujourd'hui, c'est leur intégration qui alimente les capacités organisationnelles (Grant, 1996) et la recherche démontre que cette intégration se faisant au niveau des équipes a davantage d'impact (Van den Bosch et al., 1999).