Le discernement dans le monachisme primitif : refus du monde, monopole de la vérité, contrôle des consciences

 

Fabrizio Vecoli

Université de Montréal

 

Domaine : cultures, religions et civilisations

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2013-2014

Dans le monde occidental contemporain, la religion est très souvent identifiée à un système de doctrines qui affirme une vérité exclusive sur le réel. Les pratiques, les rites ainsi que les comportements ascétiques ne seraient autre qu'un dérivé plus ou moins direct d'une interprétation cohérente et univoque de l'ordre cosmique et de la place de l'homme dans celui-ci. Les savants se sont souvent penchés sur la question posée par cet exclusivisme religieux, généralement pour en conclure qu'il s'agit d'une caractéristique intrinsèque et spécifique des monothéismes. Contre l'idée, typiquement postmoderne, d'une vérité subjective qui serait le résultat d'une création de valeur relative, la religion préconise plutôt la nécessité d'un don de discernement qui rendrait capable celui qui le détient de déchiffrer le réel, afin d'y découvrir une vérité transcendante extérieure à l'homme.

On prétend ainsi distinguer – de façon dichotomique – le vrai détenu par le croyant des erreurs des infidèles. Mais qu'est-ce exactement cet instrument qui permet d'accéder à la révélation du mystère et de connaître ce que les autres, fourvoyés, ne peuvent saisir? Comment expliquer l'existence et le fonctionnement de ce discernement? D'où vient-il? Comment s'est-il imposé? Quelles sont ses fonctions socioreligieuses? Nous entendons répondre à ces questions en étudiant les origines du discernement dans le monachisme chrétien primitif (IVe siècle), c'est-à-dire là où il est apparu. Nous examinerons des sources littéraires anciennes, en suivant la méthode historico-critique, accompagnée des suggestions de la sociologie religieuse.