La phénoménologie des normes perceptuelles (traduction)

 

Maxime Doyon

Université de Montréal

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2014-2015

Traditionnellement, le caractère normatif de la perception a été décrit à partir de son rôle épistémique. C'est que toute expérience perceptuelle prétend (tacitement) saisir le monde tel qu'il est vraiment. Voir les choses comme ceci ou comme cela, c'est toujours aussi en même temps croire que les choses sont telles que nous les percevons. En ce sens, toute perception est automatiquement soumise à la dialectique normative du vrai et du faux (car ce que je pense saisir comme tel peut toujours s'avérer être autre).

Mais la perception est normative dans un tout autre sens aussi : bon nombre de nos comportements et actions quotidiennes obéissent à des normes de toute sorte qui traduisent une tendance naturelle à favoriser un comportement optimal. Le plus étonnant, c'est que ces comportements sont normatifs sans pour autant qu'il y ait délibération préalable : sans y réfléchir, je sais quel(s) mouvement(s) effectuer pour mieux voir le tableau au musée (m'avancer de deux pas, tourner la tête, etc.), tout comme le joueur de tennis sait (sans avoir à y penser) où se placer pour bien retourner  la balle. Mais d'où viennent ces normes et, plus fondamentalement encore, comment en prenons-nous conscience?

Ce projet vise à montrer que de tels comportements sont possibles en dépit du fait qu'ils ne reposent pas sur une conscience de soi réflexive et délibérative, car le caractère normatif de nos actions est déterminé au niveau préconscient à travers les mécanismes sensori-moteurs de la perception qui constituent le « schème corporel ».