L'invention de la solidarité : Écrire la vie dans la littérature chinoise de 1918 à 1937

 

Gal Gvili

Université McGill

 

Domaine : arts, littérature et société

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Le présent projet examine la manière dont la littérature réaliste est devenue le véhicule de la réalisation du salut national face à l'impérialisme occidental dans la Chine républicaine (1911 à 1949). Les travaux de recherche sur la Chine moderne ont établi que les architectes de la révolution chinoise, de Liang Qichao à Mao Zedong, ont tous perçu la littérature, en particulier la littérature réaliste, comme le médium le plus efficace pour réveiller les masses dans le contexte de la révolution sociale. Cependant, à ce jour, la question de la fonction opérationnelle de la littérature – comment la littérature réussit la prouesse de réveiller les masses – n'a pas encore été étudiée. « L'invention de la solidarité » définit un réseau sino-indien d'écrivains qui ont transformé les idées missionnaires protestantes de la lecture comme rédemption de soi pour concevoir la littérature comme moyen ultime de mobilisation sociale.

En Chine et en Inde, les missionnaires anglo-américains ont introduit l'idée que la littérature réaliste pouvait susciter chez le lecteur un sentiment de solidarité si intense qu'il se répercuterait dans le monde sous la forme de changement social. « L'invention de la solidarité » retrace la croyance en les pouvoirs de la littérature pour transformer l'avenir national jusque dans les concours littéraires des missionnaires au XIXe siècle. Ces concours organisés dans les colonies du monde entier étaient particulièrement prisés en Chine et en Inde. En demandant aux participants d'écrire sur leur vie en langue vernaculaire, les missionnaires anglo-américains ont présenté la littérature réaliste comme une solution miraculeuse. De la même manière que la lecture des écritures était censée déclencher un sentiment de connexion avec l'au-delà, la description détaillée de la vie humaine devait susciter une « résonance sympathique » (gongming) entre les auteurs et les lecteurs qui pousserait ces derniers à l'action sociale. L'étude suit la circulation transnationale de ce lien entre le réalisme et le sentiment de solidarité entre les États-Unis et l'Asie et examine la manière dont il est arrivé à dominer la jeune institution de la littérature chinoise moderne. Dans le cadre de ce processus, les écrivains chinois se sont beaucoup intéressés à la poésie, à la pensée religieuse et au folklore indiens.

À l'aide de poèmes, de romans, de courts récits, de liturgies et d'hymnes recueillis dans les archives en Chine continentale, à Hong Kong et aux États-Unis, la présente étude vise à montrer que la recherche de récits réalistes de la transformation sociale visait à mettre en place et à adapter la notion de « résonance sympathique ».