L'ambivalence féministe et la pratique moderne : une approche de la poésie de Mina Loy, H.D. et Gertrude Stein

 

Jane Malcolm

Université de Montréal

 

Domaine : arts et littérature

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2013-2014

Ce projet suggère que la poésie moderniste du début du 20e siècle et les courants littéraires qui en ressortent sont fondés sur une masculinité essentielle, celle-ci basée sur la métaphore de «la dureté », construite en opposition à « la douceur ». La vision esthétique partagée des soi-disants « Hommes de 1914 » (Pound, Eliot, Lewis, Joyce) révèle une ambivalence profonde face à la féminité : ils mythifient la femme en tant que muse, en même temps qu'ils rejettent le langage féminin. Pour les femmes modernistes qui écrivaient en marge d'un mouvement littéraire qui se définissait contre la douceur féminine, il n'y avait pas de regroupement évident, ni d'esthétique totalisatrice desquels un contre-courant pourrait émerger. H.D., Mina Loy et Gertrude Stein sont parmi les poètes les plus importants de l'époque moderniste, et leur travail difficile reflète, en même temps qu'il déstabilise, les idéaux esthétiques d'une avant-garde masculine.

Puisque ces écrivaines refusent même de partager une esthétique et évitent de représenter une collectivité féminine, je suggère que l'élaboration des courants modernistes devrait être envisagée comme un phénomène de genre. En tant que femmes qui voulaient « innover » (selon Pound) dans un mouvement qui se définissait « dur » (difficile et masculin) en opposition à la féminité, elles forment un réseau discontinu de poètes qui partagent un scepticisme autant envers le modernisme qu'envers la subjectivité féminine.