Innovations des institutions du travail à l'ère du numérique

 

Christian Lévesque

HEC Montréal

 

Domaine : gestion des organisations

Programme soutien aux équipes de recherche

Concours 2018-2019

Cette demande de renouvellement se situe dans le prolongement des recherches que notre équipe mène au CRIMT sur les innovations institutionnelles dans le domaine du travail et de l'emploi. Ces recherches visent à mieux comprendre comment les acteurs mobilisent et transforment les institutions du travail pour développer des pratiques novatrices face aux mutations profondes du monde du travail.   Cette demande de renouvellement ouvre en revanche un nouveau chantier qui accorde une attention toute particulière aux défis de la transformation numérique. Les nouvelles technologies liées à l'ère numérique provoquent des transformations majeures au niveau de l'organisation du travail et des métiers: certains métiers deviendront obsolètes ou prendront de nouvelles formes, alors que d'autres seront créés.

La question de l'impact des changements technologies sur l'emploi et le travail ne représente pas en soi une nouveauté mais le déploiement de l'économie numérique et des nouvelles technologies qui y sont associées soulèvent en revanche des problèmes plus fondamentaux. Ces nouvelles technologies n'ont pas uniquement un effet sur le travail et l'emploi mais plus globalement sur les institutions traditionnelles de régulation du travail.

Si l'économie numérique risque de bouleverser de manière significative les institutions traditionnelles du travail, elle ouvre aussi la voie au renouvellement de ces mêmes institutions. Partant de cette prémisse, notre programme de recherche poursuit trois objectifs : 1) identifier l'effet perturbateur sur les institutions traditionnelles de régulation du travail de la transition vers l'économie numérique; 2) analyser les innovations institutionnelles développées par les diverses parties-prenantes;  3) identifier les conditions, en termes de ressources et de capabilités des acteurs, susceptibles d'assurer  le passage des anciennes vers les nouvelles institutions du travail permettant la transition vers l'économie numérique.

L'approche théorique privilégiée vise à mieux comprendre comment les acteurs localisés dans des champs et des espaces variés cherchent à mettre en œuvre de nouvelles façons de faire, de nouvelles pratiques qui viennent chambouler parfois de façon significative les institutions. Il s'agit d'une approche dynamique qui examine comment les acteurs exploitent leurs ressources et mobilisent leurs capabilités parfois pour maintenir les institutions existantes,  parfois pour les changer. Elle s'articule autour de neuf projets de recherche répartis selon trois axes : 1) la représentation collective face aux nouvelles formes de travail et d'emploi de l'économie numérique; 2) les écosystèmes régionaux et sectoriels et la transition vers l'économie numérique; 3) la numérisation des pratiques de GRH et de relations de travail.

Notre programmation veut ainsi fournir aux acteurs (employeurs, syndicats, société civile, gouvernements) des recherches originales qui ouvriront des pistes de réflexion pour mieux comprendre à  la fois l'impact de l'économie numérique sur les institutions du travail et le processus de renouvellement ces mêmes institutions. Le discours qui prévaut sur la refonte des institutions n'offre pas de réponse satisfaisante aux défis actuels du monde du travail, sachant que le succès de transition vers le numérique passe par l'innovation institutionnelle et l'implication d'acteurs compétents, créatifs et capables de faire émerger de nouveaux cadres narratifs, porteurs de pratiques novatrices et d'une re-régulation des institutions du travail et de l'emploi.