Influence des variables sociales sur le rendement des élèves et sur la perception des enseignants à l'égard des difficultés d'apprentissage en mathématiques

 

Thomas Rajotte

Université du Québec à Rimouski [UQAR]

 

Domaine : éducation, savoirs et compétences

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

L'attribution d'une difficulté d'apprentissage engendre d'importantes répercussions sur le vécu d'un élève, tant sur le plan personnel que sur le plan scolaire. Ce projet de recherche vise à documenter les connaissances concernant le processus lié à l'attribution des difficultés d'apprentissage en mathématiques aux élèves du primaire. Plus particulièrement, cette recherche s'intéresse aux facteurs sociaux susceptibles d'influencer le rendement des élèves et la vision des pédagogues à l'égard des difficultés d'apprentissage en mathématiques.

La considération des facteurs sociaux dans l'interprétation des difficultés d'apprentissage en mathématiques est novatrice au Québec. En effet, un regard aux écrits scientifiques des trente dernières années permet de relever que deux grandes perspectives interprétatives se dégagent des recherches sur les difficultés d'apprentissage. Dans la première perspective, les difficultés sont étudiées sous l'angle des caractéristiques cognitives des élèves. Les tenants de cette perspective identifient les difficultés en mathématiques des élèves à partir d'instruments d'évaluation standardisés. Cette identification sert d'assise à l'élaboration d'interventions adaptées aux caractéristiques des élèves en difficulté. Selon la deuxième perspective, les difficultés des élèves sont interprétées comme étant le résultat de l'interaction entre l'enseignant, ses pratiques pédagogiques et les apprentissages des élèves. Cette perspective considère l'enseignement du point de vue de la mise en place de conditions favorables à l'apprentissage à partir d'interventions didactiques qui prennent à la fois en compte les connaissances de l'élève et la nature des tâches en mathématiques.

Durant les dernières décennies, de nombreux débats ont opposé les tenants de la première perspective à ceux de la seconde. Des critiques ont été formulées d'un côté comme de l'autre. C'est à l'intérieur de ce contexte qu'une troisième perspective a émergé des travaux européens s'intéressant aux difficultés d'apprentissage en mathématiques. Cette perspective considère que les difficultés des élèves doivent être envisagées à partir de deux points de vue distincts et complémentaires. Ainsi, en plus d'analyser la nature et l'efficacité de la  relation entre l'élève et l'enseignant, cette perspective considère le rôle des facteurs sociaux, tel le niveau socio-économique de l'élève, dans l'explication des difficultés vécues par l'enfant. Par contre, à ce jour, cette perspective est méconnue des chercheurs et des praticiens québécois. L'objet de cette recherche découle de ce constat. Celui-ci consiste à vérifier la validité de la troisième perspective en collectant des données dans des écoles du primaire de Québec et de Montréal, des régions caractérisées notamment comme étant cosmopolites.

En adoptant un devis de recherche mixte, les résultats issus de cette étude contribueront à l'avancement des connaissances dans le champ d'études sur l'enseignement des mathématiques en adaptation scolaire. Plus spécifiquement, cette recherche permettra de documenter les principaux facteurs socioculturels (tels l'origine ethnique, la langue maternelle et le milieu socio-économique) qui influencent l'interprétation et l'attribution d'un diagnostic de difficultés d'apprentissage. Parallèlement, ces facteurs d'influence seront aussi considérés dans l'analyse du rendement en mathématiques tel qu'évalué par un questionnaire écrit. Finalement, l'interprétation des résultats sera approfondie par des entrevues avec des professionnels de l'éducation qui oeuvrent quotidiennement avec des élèves ayant des difficultés en mathématiques.