Étude de la stigmatisation et de ses répercussions en contexte de douleur chronique

 

Stéphanie Cormier

Université du Québec en Outaouais [UQO]

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Depuis quelques années, nous sommes témoins d'une ascension de la stigmatisation à l'égard de divers sous-groupes d'individus ayant des attributs considérés comme s'éloignant des attentes sociales normatives. En plus de l'appartenance à une minorité, une variété de caractéristiques peut conduire à la stigmatisation d'un sous-groupe d'individus, dont la présence d'une maladie quelconque. La douleur chronique, décrite comme une douleur qui perdure au-delà du temps normal de guérison, figure parmi les conditions de santé particulièrement susceptibles de mener à la stigmatisation. Plus fréquente que le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer combinés, elle constitue un véritable fléau social. Néanmoins, la douleur chronique demeure méconnue et incomprise et plusieurs stéréotypes et préjugés tenaces sont entretenus à l'égard des individus qui en souffrent. Bon nombre d'écrits scientifiques soulignent d'ailleurs l'omniprésence de la stigmatisation dans la vie de ces individus, mais des recherches quantitatives et systématiques de qualité se font toujours attendre.

L'objectif global du présent projet est donc de mieux comprendre la stigmatisation et ses répercussions en contexte de douleur chronique. En adoptant une perspective qui s'inscrit dans le champ de la psychologie sociale, une série de trois études quantitatives distinctes est proposée afin de pallier certaines lacunes du domaine. Une première étude permettra d'évaluer la stigmatisation sociale, du point de vue de la population générale, à l'égard des individus souffrant de douleur chronique, tout en déterminant si certaines caractéristiques de la douleur en favorisent l'émergence. Conjointement à une série de questionnaires, un protocole faisant l'usage de vignettes illustrant des personnages fictifs sera utilisé. Il est attendu que les participants poseront un jugement défavorable à l'égard des personnages présentant une douleur chronique et que certaines caractéristiques de la condition, dont l'étiologie inconnue, seront associées à plus de stigmates.

Une seconde étude menée à l'aide de questionnaires permettra de mieux circonscrire la stigmatisation sociale et la stigmatisation internalisée auxquelles font face les individus souffrant de douleur chronique, tout en évaluant l'impact de ces phénomènes sur le vécu et l'adaptation de cette population. Il est proposé que la majorité des participants rapportera faire l'objet de stigmatisation, tant sociale qu'internalisée, et que la stigmatisation, particulièrement sous sa forme internalisée, sera associée à un état général précaire ainsi qu'à une adaptation à la douleur de moindre qualité. Une troisième étude de nature expérimentale permettra finalement d'évaluer la stigmatisation manifestée par l'entremise de biais non verbaux subtils à l'égard des individus aux prises avec une douleur, tout en déterminant si ces biais ont des conséquences délétères sur la personne souffrante. Il est suggéré que les participants adopteront des comportements impersonnels à l'égard des individus manifestant de la douleur, ce qui affectera négativement ces derniers.

En somme, le projet proposé permettra d'améliorer significativement notre compréhension de la stigmatisation en contexte de douleur et il pourrait contribuer à favoriser le développement de stratégies destinées à changer le regard que pose la société sur cette population souffrante.