Ekphrasis sonores du visuel : descriptions problématisantes d'un cinéma québécois ignoré

 

Serge Cardinal

Université de Montréal

 

Domaine : création artistique et littéraire

Programme appui à la recherche-création

Concours 2014-2015

Notre projet de recherche-création vise deux objectifs. Premier objectif : faire d'une ekphrasis d'un film québécois une modalité même de la recherche-création pouvant mener au renouvellement des connaissances sur ce film, sur l'analyse filmique, sur l'acte de spectature. Partant de la puissance descriptive des sons, des voix, des paroles, des musiques, entrelacés les uns aux autres, puis projetés dans un espace; ajoutant en contrepoint à cette description sonore la projection de mots, de fragments de phrases; insérant dans ce montage et dans cet espace des images projetées, non pas tirées du film même, mais plutôt créées à partir de son souvenir; faisant tout cela, nous chercherons à produire une description problématisante de deux films québécois : Chronique de la vie quotidienne, de Jacques Leduc, et 24 heures ou plus, de Gilles Groulx, tout en proposant la description d'un troisième film, imaginaire celui-là. Comme pour toute ekphrasis, il s'agit ici de reconfigurer l'œuvre en la décrivant, de produire des déplacements et des rapprochements, des transpositions et des transfigurations, qui découvrent sa logique. Deuxième objectif : dans l'esprit même de l'ekphrasis, proposer un monument d'admiration. Notre ekphrasis se veut un monument dédié à l'admiration de deux filmographies oubliées ou méconnues, qui n'ont plus de présence dans l'actualité, et qui ont, pire encore, disparu de notre passé. Pourtant, ces filmographies ont contribué de manière importante au développement des formes les plus singulières du cinéma québécois.

Pour atteindre ces deux objectifs, nous proposons de produire une installation audio-visuelle divisée en trois parties égales de 15 minutes, qui décrira en les transformant les deux films, et qui proposera la description d'un film imaginaire. Nous proposons aussi d'inscrire cette installation dans l'espace de la Cinémathèque québécoise, et d'en faire l'un des outils de notre recherche-création, en quelque sorte. Toute la force d'une telle ekphrasis tient au dialogue qu'elle peut entretenir avec les films qu'elle cherche à décrire ou à imaginer. Car il s'agit d'atteindre ce point où la description poétique des films oblige à les revoir et à les repenser; et il s'agit aussi d'atteindre ce point où le fait d'avoir revu ces films oblige le spectateur à réentendre et à revoir l'ekphrasis, pour la repenser elle aussi. C'est pourquoi nous proposons d'inscrire cette installation dans l'espace de la Cinémathèque québécoise : nous pourrons alors programmer en parallèle à l'ekphrasis les films décrits eux-mêmes, mais aussi toute la filmographie de Jacques Leduc et de Gilles Groulx, permettant alors au spectateur de réévaluer leur œuvre.

Notre projet vise les résultats originaux suivants : 1) participer au renouvellement des modes et des fonctions de l'ekphrasis; 2) faire de l'ekphrasis une forme de la recherche-création; 3) se servir de l'ekphrasis pour explorer et repenser le cinéma québécois. Ces résultats devraient avoir entre autres les retombées théoriques et pratiques suivantes : explorer l'expressivité des rapports audio-visuels en dehors d'un contexte où la narration au sens strict occupe toute la place; rendre possible « l'émergence d'une recherche-création innovante », une forme d'ekphrasis problématisante; participer à l'innovation des modalités de l'ekphrasis.