Effets de l'avancée des frontières agricoles au XXIe siècle sur les migrations et les moyens de subsistance des ménages dans le Gran Chaco sud-américain

 

Yann Le Polain de Waroux

Université McGill

 

Domaine : milieux de vie, aménagement et appropriation de l'espace humain

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

La demande globale croissante de nourriture provoque une expansion de l'agriculture mécanisée dans de nombreuses régions du globe. Cette expansion, si elle permet l'augmentation de la production d'aliments, est aussi la cause d'une déforestation massive et d'une marginalisation des petits producteurs et populations aborigènes. Face à cette réalité, de nombreux pays ont mis en place des régulations pour limiter la déforestation et formaliser l'accès à la terre de populations vulnérables. Cependant, étant donnée la demande toujours croissante de commodités et la volonté de ces mêmes gouvernements de générer du revenu taxable par la croissance d'un secteur agricole industrialisé, il est fort probable que les frontières agricoles s'étendent encore. De plus, il a été montré dans de nombreuses régions du monde que pour beaucoup de populations rurales, les activités liées à la terre ne sont plus la principale source de revenus. Partant de ces constats, je propose qu'afin de soutenir les populations en zones de frontières, il faut, en plus de régulations de l'expansion agricole, renforcer leur capacité d'adaptation à ces changements rapides.

L'objectif de ce projet est de contribuer à répondre à ce besoin en étudiant les changements récents de migrations et de stratégies de subsistance des ménages ruraux dans le Gran Chaco, une région de forêts sèches d'Amérique du Sud ayant connu une très forte expansion agricole ces dernières décennies (14 millions d'hectares entre 1986 et 2012). Nous en savons peu sur les migrations et les stratégies de subsistance de ces ménages et sur la manière dont celles-ci ont évolué face à l'avancée des frontières agricoles. Pour combler ce manque, j'effectuerai une analyse quantitative et qualitative des migrations et moyens de subsistance (livelihoods) des ménages, basée sur un recensement des établissements de population en forêt (à partir de ~85 entretiens couvrant 3 à 4 établissements chacun) et des enquêtes de ménages (~100 ménages), intégrés avec des données satellites et d'autres données spatiales (par exemple cartes de sols et réseau de transport).

De cette manière, je pourrai améliorer la connaissance des transformations économiques et sociales associées à l'expansion des frontières agricoles en terres arides, et contribuer à la création d'une base plus solide pour des politiques efficaces de soutien aux populations rurales de ces régions.