Droits territoriaux et possession commune originaire de la Terre

 

Sylvie Loriaux

Université Laval

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2014-2015

Derrière nombre de questions centrales, et en apparence fort différentes, de la philosophie politique contemporaine (par exemple, pauvreté mondiale, immigration, changement climatique, guerre, sécession) se trouve une même question, logiquement antérieure : à quelles conditions un État peut-il légitimement exercer des droits territoriaux - c'est-à-dire, contrôler et exclure autrui d'un espace géographique donné - et quelle est l'étendue légitime de ces droits?

Jusqu'à présent, cependant, la réflexion philosophique a été marquée par deux lacunes majeures: (1) les philosophes qui ont traité des questions transnationales et transgénérationnelles telles que la pauvreté mondiale, l'immigration ou le changement climatique ne se sont généralement pas interrogées sur la validité des droits que revendiquent les États « à » et « sur » leur territoire; et inversement, (2) les philosophes qui ont à juste titre reconnu la nécessité de soumettre les droits territoriaux à un examen moral rigoureux, notamment dans le contexte des conflits intra- et interétatiques, ont généralement manqué de voir que le champ de justification de ces droits ne peut être limité aux membres des États en question, mais doit s'étendre à la fois transnationalement et transgénérationnellement pour aussi inclure les étrangers et les générations futures. Cette recherche entend combler ces deux lacunes en développant une théorie morale des droits territoriaux qui prend au sérieux l'idée normative de « possession commune originaire de la Terre ».