Donner la parole aux adolescents pour relever le défi de l'inclusion au secondaire : identification des déterminants de la qualité de vie à l'école des élèves en difficulté de comportement réintégrés en classe ordinaire

 

Marie-Pierre Fortier

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : éducation, savoirs et compétences

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

La toute nouvelle politique québécoise sur la réussite éducative (MÉES, 2017) réitère l'importance d'assurer l'apprentissage et le bien-être de tous les élèves, en cohérence avec plusieurs conventions internationales visant l'avènement d'une école inclusive (UNESCO, 2015). Or, certains élèves semblent rester en marge de ce projet, particulièrement les élèves en difficulté de comportement (Fortier, 2015; Willman et Seeliger, 2017). Ces derniers rapportent une expérience scolaire globalement négative et sont souvent exclus des classes ordinaires (Jalali et Morgan, 2017). Leurs difficultés comportementales les amènent fréquemment vers un service spécialisé ne leur permettant que très rarement un retour en classe ordinaire, particulièrement au secondaire où seulement un élève sur cinq est réintégré (Rousseau, Massé, Bergeron, Carignan et Lanaris, 2014).

Ces constats sont alarmants, d'autant que la recherche propose des interventions efficaces pour gérer les comportements difficiles en classe ordinaire (Cooper et Jacobs, 2011; Gaudreau, 2011) et des conditions pour une réintégration réussie (Rousseau et al., 2014; Thomas, 2015). Il devient dès lors impératif d'emprunter de nouvelles voies de recherche afin de comprendre comment l'expérience de la classe ordinaire qu'ont les élèves en difficulté de comportement peut véritablement s'inscrire dans une approche inclusive et favoriser leur bien-être à l'école. L'étude proposée a pour objectif de donner la parole aux élèves en difficulté de comportement exclus puis réintégrés à un milieu ordinaire concernant leur qualité de vie à l'école (QVÉ), selon un modèle issu d'études auprès d'adolescents (Tangen, 2009). Cette approche considère l'expérience subjective de l'élève dans son interaction avec son environnement et représente une avenue privilégiée pour appréhender les facteurs d'inclusion et de bien-être en jeu en mettant l'accent sur les capacités plutôt que sur les déficits de l'élève (Florin et Guimard, 2017).

Cette approche permet également d'identifier des mécanismes d'exclusion de ces élèves non rapportés encore dans les recherches conduites auprès des adultes (Fortier et Prochnow, sous presse; Kearney, 2011). Procédant d'une étude de cas multiple (Stake, 2006) dont l'objet est l'expérience d'élèves québécois du secondaire en difficulté de comportement réintégrés en milieu ordinaire, nous récolterons des données riches soutenant la prise de parole de chaque élève (n = 8) : une grille chronologique de son parcours scolaire, une carte conceptuelle et un entretien narratif participatif (Goodley et Clough, 2004) visant à décrire en profondeur son expérience en classe ordinaire et à identifier les déterminants de sa QVÉ. Des entretiens individuels complémentaires avec ses parents et des intervenants scolaires ainsi que des documents pertinents contribueront à décrire le contexte de scolarisation et de réintégration de l'élève. Une analyse thématique et diachronique des données de chaque étude de cas sera conduite (Sanséau, 2005), suivie d'une analyse inter-cas (Stake, 2006). S'appuyant largement sur l'expérience des élèves, les résultats génèreront des connaissances complémentaires à celles accumulées sur les pratiques favorisant la mise en œuvre d'une école inclusive. Des recommandations pour l'amélioration de la QVÉ pour cette population d'adolescents à l'intention des familles et des milieux scolaires et de formation à l'enseignement seront soumises aux élèves pour rétroaction, accroissant le poids de leur voix dans la recherche.