Divulgation des négociations de fusion-acquisition : rumeurs du marché vs. obligations légales. Quel impact sur le processus de négociation et son dénouement ?

 

Irina Demidova

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : économie, emploi et marchés

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Dans les opérations de fusion-acquisition, les négociations se déroulent généralement sous un voile de secret, les informations n'étant pas divulguées au public tant qu'un accord définitif n'a pas été signé par les entreprises impliquées. Une divulgation prématurée des discussions préliminaires pourrait avoir un impact négatif sur l'opération envisagée en encourageant l'investissement spéculatif dans les actions de la société cible qui ferait monter leurs prix et affaiblirait la perception de la prime offerte et/ou forcerait l'acquéreur d'abandonner les discussions, ou encore en décourageant les acquéreurs potentiels à faire une offre d'achat. Les entreprises sont généralement confrontées à une multitude de normes différentes (et souvent contradictoires) quant à savoir si elles doivent divulguer leurs négociations de fusion-acquisition et à quel moment cela doit se produire. Aucune de ces normes ne permet totalement de concilier les intérêts opposés de l'entreprise pour la confidentialité – un gage de maximisation de la valeur de l'entreprise pour les actionnaires – avec les besoins des investisseurs pour la transparence des renseignements corporatifs – un gage de bon fonctionnement des marchés financiers.

Dans cette recherche, nous allons examiner comment une affaire judiciaire récente à la Cour suprême des États-Unis (No. 12-13947, Stiefel Laboratories Inc. versus Timothy Finnerty, jugement déposé le 30 juin 2014) concernant la divulgation des discussions privées impacte le processus de négociation, ainsi que son dénouement. En effet, cette décision largement controversée pourrait avoir définitivement changé le paysage en matière de divulgation d'informations aussi bien pour les sociétés privées que pour celles cotées en bourse et représente un choc exogène approprié pour une expérience naturelle.

Notre objectif principal serait de mesurer le changement d'attitude que pourraient manifester les entreprises en matière de divulgation d'informations concernant leurs discussions de fusion-acquisition face aux rumeurs du marché apparaissant dans les médias avant l'annonce officielle de l'opération. Pour atteindre notre objectif principal, nous envisageons dans un premier temps de procéder à une étude exploratoire sur base d'une collecte de données manuelle concernant le déroulement des négociations de fusion-acquisition, y compris la diffusion des rumeurs dans la presse écrite, pour un grand échantillon d'entreprises américaines autour de la date du dépôt de jugement. Ceci permettra de mesurer un certain nombre de caractéristiques du processus de vente, tels que les rendements anormaux cumulés à l'annonce, le montant et la dynamique des offres d'achat, le volume des opérations et leur taux d'aboutissement. Dans un second temps, une étude empirique à l'aide d'outils statistiques tels que les études d'événement, la méthode des doubles différences et les modèles de régression binomiale offrira un test de nos hypothèses.

Ainsi, notre travail de recherche contribuera à l'identification d'un effet de cause à effet d'un changement de réglementation sur les pratiques de divulgation d'informations et permettra de mieux comprendre les raisons d'éventuels retards et échecs de négociations, car les retards reportent à plus tard et les échecs empêchent la réalisation des gains en synergie potentiellement profitables. Enfin, nous apporterons un éclairage supplémentaire sur le rôle des médias dans le maintien de l'efficience informationnelle des marchés.