Des institutions et des hommes : le problème de l'éducation morale et civique à la tolérance

 

Marc-Antoine Dilhac

Université de Montréal

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2014-2015

La tolérance est une valeur consensuelle en démocratie, pourtant les problèmes de tolérance religieuse et culturelle n'ont pas disparu et semblent même s'intensifier sous l'effet de migrations globales. La raison vient en partie de ce qu'il ne suffit pas de comprendre rationnellement ce qu'implique la tolérance - en faisant l'hypothèse qu'il y ait un accord sur ses implications - pour avoir la motivation adéquate et adopter des comportements tolérants. Je cherche donc à dégager les moyens qui permettent aux citoyens d'adopter la disposition morale de tolérance et la vertu civique qui consiste à ne pas réclamer le pouvoir coercitif de l'État pour empêcher l'expression de conceptions ou de pratiques qu'ils désapprouvent moralement. Cela pose le problème de l'éducation à la tolérance.

Pour y parvenir, je soutiens que l'on doit affronter la question de l'institution de la tolérance en tirant parti des enseignements éthiques et métaéthiques sur les vertus ou les dispositions morales des individus. On doit comprendre le contexte institutionnel comme le milieu qui donne des occasions de comportement moral : s'il a une disposition à être tolérant, alors l'individu tendra à ne pas agir pour supprimer ce qui le dérange moralement; le contexte institutionnel lui donnera plutôt l'occasion d'exercer cette disposition à la tolérance. C'est notamment à l'école que se joue l'éducation à la tolérance. Je propose donc une contribution à la réflexion sur les mécanismes institutionnels qui favorisent concrètement les dispositions morales à la tolérance afin que la fragmentation sociale et idéologique des sociétés démocratiques n'engendre pas leur implosion.