Corporéité et temporalité : vers une éthique de la vertu phénoménologique

 

Donald Landes

Université Laval

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2016-2017

« Quelle sorte de personne devrais-je être, et comment puis-je devenir cette personne? » Voilà ce qui constitue le fil conducteur de la tradition aristotélicienne de l'éthique de la vertu. En insistant sur la formation du caractère de la personne au lieu de l'évaluation de son action isolée, l'éthique de la vertu se démarque des autres théories morales. Selon cette philosophie néo-aristotélicienne, il nous faudrait effectuer un retour au « caractère situé » afin de fournir une explication adéquate de notre expérience « corporelle » et « temporelle ». Or d'une part, nous pensons que les concepts de corporéité et de temporalité n'ont pas été suffisamment étudiés dans cette tradition. D'autre part, alors que ces concepts se trouvent au cœur de la philosophie continentale (existentialisme et phénoménologie), nous n'y trouvons pas la trace d'une exploration de la vertu.

Notre point de départ est donc le double constat suivant : (i) l'éthique de la vertu ignore le fondement existentiel-phénoménologique nécessaire pour penser les concepts de corporéité et de temporalité, et (ii) la phénoménologie et l'existentialisme ignorent l'éthique de la vertu, et ce même si cette dernière se trouve nécessairement impliquée par ces concepts dans la formation du caractère de l'individu. En examinant l'expérience vécue de la vertu, c'est-à-dire l'action « sous le poids » de la responsabilité, nous chercherons à développer une éthique de la vertu qui sera « existentielle-phénoménologique » et qui permettra d'approfondir de manière inédite à la fois l'éthique et la philosophie continentale. En somme, il s'agira de tirer profit de deux méthodologies : (i) l'étude de la corporéité et de la temporalité dans l'histoire de la philosophie et (ii) l'examen phénoménologique de l'expérience vécue de la vertu.