Aucun de nous n'a osé ouvrir la bouche : massacres dans une communauté bosniaque durant la Seconde Guerre mondiale et culture du silence dans l'après-guerre

 

Max Bergholz

Université Concordia

 

Domaine : cultures, religions et civilisations

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2012-2013

Les combats qui ont suivi la dissolution de la Yougoslavie dans les années 1990 ont fait ressortir deux épineuses questions qui, malgré les très nombreuses analyses publiées sur cette région du monde depuis quinze ans, n'ont toujours pas trouvé des réponses satisfaisantes. Qu'est-ce qui peut amener à s'entretuer des voisins qui ont vécu en paix pendant de longues périodes dans des communautés multiethniques? Et comment les coupables et les  survivants, qui ont commis et subi des atrocités, peuvent-ils recommencer à vivre ensemble au lendemain des tueries?

Dans ce projet de recherche, l'auteur veut répondre à ces interrogations en retraçant la microhistoire de la dynamique des massacres commis dans une communauté de Bosnie en 1941 et celle des mécanismes du silence développés par ses membres après 1945 à propos des atrocités de la Deuxième Guerre. Ce faisant, il poursuit un double objectif : d'une part, apporter sa contribution au débat sur les rapports entre des doléances extrêmement localisées et les « discours dominants » qui structurent le conflit global; d'autre part, éclairer le fonctionnement du silence – phénomène central quoique étonnamment sous-évalué dans le souvenir des conflits – au sein des petites communautés hantées par les massacres perpétrés entre voisins.