ADN – la vie future des objets

 

Martin Racine

Université Concordia

 

Domaine : création artistique et littéraire

Programme appui à la recherche-création

Concours 2013-2014

Le programme de recherche-création proposé vise à questionner le paradigme actuel du design et cherche à redéfinir les principes de la conception, de la production et de la consommation des objets dans une perspective de développement durable. L'objectif ultime de ce projet est ainsi de réduire l'impact environnemental des biens de consommation sur l'environnement. À travers une démarche de création prospective et innovatrice, les chercheurs proposent d'élaborer une série de projets de design expérimentaux engendrant un nouveau rapport entre les objets et leurs usagers. Ce nouveau rapport sera défini en rendant accessible une foule d'informations jusqu'ici impossible à obtenir pour le consommateur : de la liste des matériaux en passant par leur provenance, ainsi que le transport et la quantité d'énergie liée à sa fabrication. En somme, ces informations permettront de saisir l'empreinte carbone de chaque objet et amèneront l'usager à prendre conscience des impacts multiples générés par ces derniers.

Dans sa dimension exploratoire, ce projet propose de développer et d'intégrer aux objets une puce électronique émettrice de fréquence radio (RFID) générant un niveau d'information exhaustif, à la fois sur ses origines et sur sa « vie passée ». Par exemple, imaginons qu'un individu puisse, simplement à l'aide de son téléphone intelligent, scanner une étiquette RFID fixée sur un objet; la puce informatique intégrée offrirait l'accès à une base de données complète décrivant l'ensemble de l'empreinte carbone. Ce niveau d'information permettrait à l'usager-consommateur de faire un choix éclairé lors de l'achat, comme c'est le cas lorsqu'il consulte les ingrédients et le tableau des valeurs nutritives d'un produit alimentaire.

Un second niveau d'information guidera l'utilisateur face aux éléments concernant l'entretien et la réparation de l'objet, afin d'en augmenter la durée de vie. Au-delà de ce niveau, il s'agira aussi de permettre à l'usager d'enrichir lui-même le volet d'information en intégrant l'historique de sa relation personnelle avec ses biens. Cette dimension narrative, presque « généalogique », entraînera une valeur ajoutée pour le propriétaire éventuel suivant en exprimant l'idée que chaque objet détient une histoire à raconter à laquelle on peut avoir accès, à la manière d'une capsule qui permet de remonter dans le temps. Par ailleurs, au-delà de permettre la lecture de « l'ADN » d'un produit, l'intégration d'une puce électronique sur un objet peut aller beaucoup plus loin en générant entre autres une série de données statistiques sur son usage à travers le temps. Par exemple, imaginons une lampe qui indique que l'ampoule consomme 2454 watts par mois en moyenne ou un robot culinaire qui apprend qu'il n'a été en marche que 16 minutes en deux ans. Ce niveau d'information recueilli, que nous appelons de manière conceptuelle « l'ADN » de l'objet, répond à l'objectif de saisir l'impact environnemental d'un objet tout au long de sa vie et de rendre compte de la pertinence même de posséder certains biens.