« Le vieillard est deux fois un enfant » - Naissance d'un discours gérontologique en Grèce ancienne : perspective philosophique, médicale, politique et sociale

 

Laetitia Monteils-Laeng

Université de Montréal

 

Domaine : enjeux et vie humaine

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2016-2017

Loin de se réduire à un simple fait, la vieillesse est pour les penseurs de la Grèce ancienne une question philosophique. Énigme médicale, le phénomène du vieillissement se situe à la croisée des catégories du normal et du pathologique, inspirant des théories biologiques dégénératives (Aristote) comme évolutives (les auteurs du Corpus hippocratique [CH], Galien). L'impact de la sénescence sur les facultés psychiques suscite d'intenses débats. L'usure du corps atteint-elle l'esprit? La vieillesse est-elle synonyme de délabrement intellectuel? Contre cette approche fataliste, les auteurs du CH identifient chez le vieillard une physiologie et une pathologie propres, Galien invente une forme de proto-gériatrie, tandis que les Stoïciens développent une thérapie individuelle destinée à lutter contre les réactions dépressives dues aux dégradations physiques.

Par les évaluations de la vieillesse qu'il véhicule, le discours médical a une réelle incidence sur les aspects politiques de la question : faut-il laisser ces populations défaillantes aux marges de la cité? Ou bien, comme le veut Platon, qui voit la vieillesse comme un accomplissement, leur confier le pouvoir en raison de leur supériorité intellectuelle et morale?

Ma méthode de travail suppose une analyse philosophique, historique et critique des concepts qui doivent être référés dans leur contexte, une identification des problèmes et une clarification des enjeux des controverses que suscite la vieillesse. Ce faisant, mon projet se propose d'analyser les enjeux philosophiques et conceptuels que soulève la vieillesse en Grèce ancienne, sur un terrain biologique et médical, éthique et politique.