La parole citoyenne au cœur de la Révolution tranquille



Les nombreuses études historiques sur la Révolution tranquille s'intéressent surtout aux personnages politiques. Qu'en est-il de la voix des citoyens de l'époque?

Stéphane Savard, chercheur en histoire à l'Université du Québec à Montréal, se consacre à l'étude des commissions parlementaires publiques tenues entre 1965 et 1980 au Québec. À travers elles, il décrypte les positions politiques des citoyens et des groupes qui s'y sont fait entendre, et leur influence sur les décisions politiques de cette époque.

Il existe de nombreux cas où la prise de parole citoyenne a eu un impact sur les décisions de l'État.

Ses premiers résultats s'attardent surtout aux décisions prises au sujet de la gestion des ressources naturelles. Le chercheur relève de nombreux cas où la prise de parole citoyenne a eu un impact sur les décisions de l'État. En 1973, par exemple, le projet de centrale hydroélectrique de Champigny, qu'Hydro-Québec souhaitait construire sur la rivière Jacques-Cartier, sera abandonné en raison de la vive opposition manifestée en commission parlementaire.

En 1977, une commission parlementaire tenue dans le cadre de l'élaboration de la politique énergétique du Québec mènera à un moratoire sur l'énergie nucléaire. Un an plus tard, le projet de nationalisation partielle de l'industrie de l'amiante ne fait pas l'affaire de l'opposition, qui réclame alors une commission parlementaire publique. Le gouvernement Lévesque permettra la tenue d'une telle commission en la restreignant aux acteurs des régions concernées. Ces derniers se montrent majoritairement favorables au projet qui ira donc de l'avant, confortant le gouvernement dans la rédaction de sa politique de l'amiante.

Les travaux de Stéphane Savard éclairent l'intervention d'acteurs sociopolitiques autres que les partis politiques dans les débats et les conflits de la Révolution tranquille. Le chercheur analyse les décisions gouvernementales sous un autre angle, en démontrant l'apport de ces acteurs. Ses résultats ont notamment fait l'objet d'articles scientifiques dans le Bulletin d'histoire politique et la Revue d'histoire de l'Amérique française, en plus de communications scientifiques devant la Société historique du Canada.