Radicalisation et conversion ne sont pas synonymes



L'actualité des derniers jours nous a cruellement rappelé qu'aucune nation n'est à l'abri d'un acte terroriste. Le massacre dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris, la fusillade perpétrée par Michael Zehaf-Bibeau au parlement d'Ottawa et le meurtre de deux militaires commis à Saint-Jean-sur-Richelieu par Martin Couture-Rouleau ont attiré l'attention sur le phénomène de ces jeunes qui se convertissent à l'islam ou se radicalisent. Nombre de personnes confondent maintenant conversion et radicalisation. Un amalgame facile, mais trompeur, selon l'anthropologue de l'Université de Montréal, Deirdre Meintel, directrice du Centre d'études ethniques des universités montréalaises (CEETUM). Malgré les propos très religieux tenus par les individus radicalisés, leur démarche serait surtout politique, précise la chercheure.

Une contestation de l'ordre établi, une révolte contre une société à laquelle ils ont du mal à s'intégrer sont inscrites au cœur de leur démarche.

Une contestation de l'ordre établi, une révolte contre une société à laquelle ils ont du mal à s'intégrer sont inscrites au cœur de leur démarche. Ces difficultés d'intégration ne touchent pas que les immigrants : certains jeunes nés ici se retrouvent isolés et peuvent développer du ressentiment envers la communauté. Les groupes radicaux tablent sur ce type de sentiment dans leurs activités de recrutement. À l'inverse, la conversion religieuse relève d'une démarche spirituelle plutôt que politique.

Une quête de sens très profonde amène certaines personnes à entreprendre une réflexion pouvant éventuellement aboutir à une conversion religieuse. Si ces individus ne tombent pas nécessairement dans la radicalisation violente, ils deviennent souvent très orthodoxes. Par exemple, souvent, les femmes converties à l'islam portent le voile et les catholiques récents sont plus pratiquants que ceux qui sont nés catholiques. Les recherches du CEETUM sont cruciales pour comprendre ces phénomènes. Car ce n'est qu'en identifiant le type de personne qui est plus vulnérable à la radicalisation et les conditions favorables à un tel changement que l'on pourra la prévenir.