Quand mobilité rime avec engagement social



La venue du métro à Laval a certainement facilité les déplacements de milliers de travailleurs qui doivent se rendre tous les jours à Montréal. Cependant, plusieurs craignaient qu'il n'entraîne dans son sillage des gangs de rue qui auraient pu, entre autres activités, venir recruter de nouveaux membres parmi les jeunes de la banlieue. Or, le métro a plutôt eu un impact sur la mobilité des jeunes. Comment le fait de prendre le métro change-t-il la perception que les jeunes ont du monde qui les entoure ? Est-ce que « mobilité » rime avec « engagement social » ?

Une plus grande mobilité crée un sentiment de compétence plus marqué et un engagement social plus prononcé.

Julie-Anne Boudreau, professeure-chercheure à l'INRS–Urbanisation, Culture et Société, s'est intéressée à cette question. Dans le cadre d'une recherche exploratoire, elle a étudié les représentations que les jeunes se font de la ville et de la banlieue, et la politisation des jeunes issus de ces deux milieux en lien avec l'utilisation qu'ils font chaque jour des transports en commun et avec la mobilité que cela leur offre. L'hypothèse de sa recherche était qu'en intensifiant la mobilité des jeunes, ceux-ci développent des compétences qui leur permettent ensuite de franchir les obstacles à leur développement personnel et social (faible estime de soi, incertitude identitaire, etc.).

Les résultats de l'étude montrent qu'une plus grande mobilité crée un sentiment de compétence plus marqué et un engagement social plus prononcé. Ils montrent aussi comment les jeunes recherchent l'autonomie dans leurs déplacements et pourquoi ils y voient une belle occasion d'acquérir une certaine liberté. Cette « navigation spatiale » entraîne une « navigation sociale » qui leur permet d'explorer le monde, de réagir à des contraintes et de s'adapter à diverses situations. D'ailleurs, l'adage ne dit-il pas que les voyages forment la jeunesse ?