Pour de l'information financière de qualité



En 2002, le géant américain du courtage en énergie Enron déclare faillite.

Il s'agit alors de la plus grosse faillite de l'histoire des États-Unis. Cependant, ce qui fait scandale, c'est aussi le rôle des auditeurs, notamment ceux du cabinet Arthur Andersen, accusés d'avoir détruit des milliers de documents papier et informatiques de cette société dont ils contrôlaient les comptes.

Les auditeurs ne mentionnent pas spontanément l'intérêt du public lorsqu'on les interroge sur la qualité de leur travail.

Cet épisode a-t-il modifié les pratiques des auditeurs financiers en Amérique du Nord ? C'est la question que se sont posée Marion Brivot et Mélanie Roussy, chercheures à l'École de comptabilité de l'Université Laval. Elles ont constaté que les auditeurs ne mentionnent pas spontanément l'intérêt du public lorsqu'on les interroge sur la qualité de leur travail, à moins que ce soit dans la foulée d'une crise majeure comme celle d'Enron.

Ce qui les préoccupe davantage, c'est la conformité de leur approche avec la réglementation et la crainte d'une éventuelle inspection de leur ordre professionnel ou du Conseil canadien sur la reddition de comptes. En d'autres termes, ils envisagent avant tout la qualité comme un moyen de protéger leur propre « risque réputationnel » et investissent dans une belle vérification bien documentée et irréprochable dans sa forme.

Ce faisant, l'objectif qui consiste à protéger le public est en partie perdu de vue. Cela a-t-il des conséquences négatives sur l'information financière mise à la disposition du public ? Il serait intéressant que d'autres recherches explorent cette question, qui est susceptible d'avoir des retombées socioéconomiques importantes.

Ces résultats pourraient notamment être utilisés par les législateurs au Québec dans le contexte de la refonte du cadre légal et réglementaire de la pratique de l'audit, qui fait suite à la fusion des trois ordres comptables provinciaux.