Les multiples portraits de la cruauté



Le crime sordide et la cavale de Luka Rocco Magnotta, un ancien acteur de films pornos accusé d'avoir tué et dépecé un étudiant, ont défrayé les manchettes pendant des semaines un peu partout dans le monde. Certains ont poussé la curiosité jusqu'à visionner la vidéo du crime, qui circulait sur Internet. D'où vient cette fascination pour des gestes aussi odieux?

D'où vient cette fascination pour des gestes aussi odieux?

C'est avec cette question en tête que Sophie Boyer, professeure-chercheure au Département des langues modernes de l'Université Bishop's, s'est tournée vers la représentation du crime et de la sexualité dans la littérature allemande de 1900 à 1933. À cette époque, on voit apparaître la psychanalyse de même que les premières théories en criminologie. La fiction multiplie au même moment les romans dans lesquels le crime et la sexualité se côtoient de près.

Les travaux de Sophie Boyer sur des auteurs comme Gertrud Kolmar, Rahel Sanzara et Hermann Ungar montrent comment, pour eux, la figure du criminel est insaisissable. Alors même que des théoriciens comme Lombroso émettent l'idée, par exemple, qu'on peut reconnaître un criminel à son faciès, les romanciers montrent le contraire. Et c'est justement cette difficulté à définir et à catégoriser le criminel – et donc à le comprendre, voire à s'en protéger – qui irrite et angoisse les gens, encore aujourd'hui. C'est aussi, en grande partie, la raison de la fascination que l'on éprouve envers les criminels les plus sordides.

La chercheure a présenté ses résultats lors de plusieurs colloques au Canada, aux États-Unis et en Europe, notamment à la Conférence méditerranéenne des disciplines académiques de l'International Journal of Arts & Science, à Malte, en 2010, et à la conférence interdisciplinaire del'Atlantic Alliance of Universities Crime Genre Research Group, à Cork, en Irlande, en 2009.