Le retour du passé pendant la Révolution tranquille



Entre 1970 et 1985, le Québec vit un étonnant phénomène culturel : alors que les braises de la Révolution tranquille fument encore, la tradition effectue un retour en force dans la culture et les discours sociaux.

Le patrimoine s'incarne soudainement dans une récupération totale et indifférenciée d'objets et d'œuvres du passé.

Jonathan Livernois, professeur agrégé, spécialiste de l'histoire littéraire et intellectuelle des 19e et 20e siècles au Québec et chercheur au Département de littérature, théâtre et cinéma de l'Université Laval, en a observé les traces dans des numéros spéciaux de revues, des dictionnaires de littérature et des articles de journaux de l'époque. Des figures du passé comme Maurice Duplessis et Lionel Groulx refont surface, après avoir été écartées lors de la Révolution tranquille. Soudainement, des essayistes et des journalistes leur trouvent des qualités. Des ouvrages du 19e siècle sont aussi réédités en grand nombre.

Comment expliquer ce revirement ? Pour le chercheur, il provient d'une redéfinition de l'idée de patrimoine au Québec, mais aussi en France. Incarné auparavant dans une sélection restreinte d'éléments du passé jugés importants – comme des châteaux ou des ouvrages littéraires majeurs – le patrimoine s'incarne soudainement dans une récupération totale et indifférenciée d'objets et d'œuvres du passé. 

Ce nouveau « régime patrimonial » se fait sentir dans plusieurs sphères de la société québécoise, notamment en littérature et en politique. À cette époque, beaucoup de Québécois se demandent si certains aspects du passé ne valent pas en fait la peine d'être conservés et cherchent des fils conducteurs à leur histoire.

Ce retour vers la tradition montre qu'avant même la fin de la Révolution tranquille, il y avait déjà une tendance, au Québec, à vouloir en faire le bilan. Le concept de régime patrimonial permet de raffiner la lecture que l'on fait de cette période de notre histoire et de mieux la comprendre.