Le combat des sages-femmes



En 1994, l'Ontario reconnaît le statut professionnel des sages-femmes et réglemente leur pratique en mettant en œuvre une loi adoptée en 1991.

Le Québec fait de même en 1999. Pour obtenir cette reconnaissance, les sages-femmes ont dû se constituer un discours politique et le faire émerger sur la place publique. Jusqu'alors, les recherches avaient mis l'emphase sur les revendications et la mobilisation, sans étudier de plus près la structure du discours politique qui les soutenait.

Même les politiques publiques qui se veulent explicitement féministes peuvent reproduire des hiérarchies sociales fondées non seulement sur le genre, mais aussi sur la race ou la classe sociale.

Stephanie Paterson, chercheure au Département de science politique de l'Université Concordia, a comparé les cas de l'Ontario et du Québec, pour retracer le passage du discours sur la pratique des sages-femmes de la sphère privée à la sphère publique, et son émergence en tant que problème de politique publique. Ses travaux ont fourni une illustration concrète du rôle des politiques discursives et des discours dans l'émergence des sages-femmes.

De façon plus large, ses recherches bonifient les connaissances sur la mobilisation féministe, les réseaux et les changements de politique publique, en révélant quels en sont les conditions et les effets. Elles montrent aussi que le discours sur les politiques publiques balise les types de problèmes dont on s'occupe et comment on le fait. Ainsi, même les politiques publiques qui se veulent explicitement féministes peuvent reproduire des hiérarchies sociales fondées non seulement sur le genre, mais aussi sur la race, la classe sociale, l'orientation sexuelle ou les compétences.

Les résultats obtenus ont donné lieu à la publication d'articles dans les revues Critical Policy Studies, Journal canadien de science politique, Revues d'études canadiennes et Policy Studies, ainsi qu'à de nombreux chapitres de livres et à des conférences données au Canada et en Suisse.