La politique en ligne, du Québec à la France



Thierry Giasson, professeur de science politique à l'Université Laval, a dirigé la première analyse comparative France-Québec, qui décortique systématiquement l'utilisation du Web participatif dans le cadre de stratégies électorales.

Les médias sociaux ont beaucoup d'impact sur ceux qui les fréquentent allègrement.

L'étude enpolitique.com, réalisée en collaboration avec des chercheurs des universités de Montréal, du Québec à Trois-Rivières, de Lorraine, de Lille et de Paris-Est, se concentrait sur l'usage que les partis politiques ont fait de Facebook, YouTube, Dailymotion et Twitter lors des élections législatives québécoises et des élections présidentielles françaises de 2012.

Elle a révélé des différences notables entre la France et le Québec. Par exemple, l'UMP, le parti alors au pouvoir en France qui soutenait la candidature de Nicolas Sarkozy, se montrait beaucoup plus disposé à mobiliser les internautes que le Parti libéral du Québec.

Les chercheurs ont noté que l'usage des médias sociaux servait la campagne hors du Web, pour laquelle ils constituaient des outils supplémentaires. Ils ont aussi constaté que les médias sociaux ont beaucoup d'impact sur ceux qui les fréquentent allègrement, notamment les journalistes politiques et les militants très engagés, mais que la vaste majorité des électeurs y restent très peu exposés.

L'impact principal de la recherche réside dans la quantité impressionnante de données amassées. En plus de recueillir tout ce que les partis politiques ont mis en ligne sur ces médias sociaux par le biais d'un nouvel outil web baptisé « Aspira », les chercheurs ont interrogé 48 stratèges politiques et sondé 1 600 internautes ayant participé aux campagnes en ligne, en plus de mener des groupes de discussion. Ces données novatrices révèlent simultanément les stratégies des partis et la perception qu'en ont les internautes. Elles alimenteront la réflexion et la production scientifique, notamment dans le cadre d'un prochain numéro spécial de la revue Politique et Sociétés.