Fenêtres sur notre mémoire



La photographe montréalaise Raymonde April a accumulé un nombre impressionnant de clichés au cours de sa carrière de plus de trente ans. De 2000 à 2002, elle a recontextualisé 517 photographies puisées dans ses archives pour en tirer un film et une installation qui a pour titre « Tout embrasser ».

Mémoire et archives ne sont pas des éléments finis et fixes, mais des œuvres fragmentées et perpétuellement mouvantes.

C'est à partir de cette œuvre qu'Anne-Marie Proulx, candidate à la maîtrise en histoire de l'art à l'Université Concordia, entend démontrer comment une production artistique peut servir de mémoire et d'imaginaire à une communauté.

L'originalité de l'approche de l'étudiante consiste à situer sa réflexion à l'intersection de la mémoire et de l'imagination, et donc, au croisement de la réalité et de la fiction. Pour elle, mémoire et archives ne sont pas des éléments finis et fixes, mais des œuvres fragmentées et perpétuellement mouvantes. Leur nature même trouble l'objectivité de la reconstitution d'un événement ou d'une histoire, et laisse une grande part à l'interprétation de ceux qui regardent.

Anne-Marie Proulx compte se distancier d'une approche qui privilégierait l'aspect intime de l'œuvre de Raymonde April. Loin de considérer cette œuvre comme isolée, elle l'insère dans son contexte historique et examine sa portée symbolique et sociale dans le milieu de l'art québécois. Prises en groupe plutôt qu'individuellement, les photographies de Raymonde April deviennent des témoins de la communauté à une époque précise, et donc, la mémoire de la construction d'une identité collective.