Des trains de banlieue avantageux



Lorsqu'il s'agit d'implanter un service de transport en commun, les avantages sociaux et environnementaux sont souvent mis de l'avant. Cependant, l'impact budgétaire pour les collectivités peut être tout aussi important. Avec le soutien financier de l'Agence métropolitaine de transport, et aidé de son équipe, Jean Dubé, de l'Université du Québec à Rimouski, a mené une recherche afin de mesurer l'impact de la mise en service d'une ligne de train de banlieue sur la rente foncière des collectivités desservies. Cette étude visait principalement à évaluer le potentiel de retour sur l'investissement pour l'opérateur et pour les municipalités qui financent la mise en œuvre de ce service.

Jean Dubé a eu recours à la méthode de modélisation hédonique de différences en différences testée, il y a quelques années, sur le projet de Métrobus de la Ville de Québec. Cette méthode consiste à déterminer l'impact d'une décision publique – dans ce cas-ci, l'implantation d'une ligne de train de banlieue – sur la valeur des résidences environnantes selon un schéma pré et post-implantation, en considérant l'ensemble des facteurs qui interviennent dans l'appréciation de chacune des caractéristiques des résidences. Par exemple, ces facteurs peuvent inclure les conditions de vente, la taille de la résidence, son âge ou la proximité des services.

Deux projets ont été examinés : le service de train de la ligne Saint-Hilaire–Montréal, sur la Rive-Sud, et celui de la ligne Saint-Jérôme–Montréal, sur la Rive-Nord. Grâce à l'appui financier de l'Agence métropolitaine de transport, pour laquelle la recherche a été réalisée, Jean Dubé et son équipe se sont procuré les données sur près de 24 000 transactions immobilières effectuées parmi les résidences qui se trouvent à proximité des deux lignes de trains sur une période de plus de 15 ans, soit entre 1992 et 2009.

Les recherches concluent que l'ajout d'un service de transport en commun influence positivement et fortement les revenus fonciers.

Selon les résultats préliminaires de cette recherche, la plus-value foncière des résidences situées à proximité de la ligne de la Rive-Sud atteindrait un milliard de dollars, ce qui correspondrait à environ 10 millions de dollars de revenus fonciers additionnels par année pour les municipalités concernées. Les résultats seraient plus nuancés dans le cas de la ligne de la Rive-Nord, notamment en raison de caractéristiques socioéconomiques et géographiques qui diminuent sensiblement l'impact de la présence d'un service de train de banlieue sur la valeur foncière des résidences environnantes.

Ainsi, toutes les recherches concluent que l'ajout d'un service de transport en commun influence positivement et fortement les revenus fonciers. Les résultats de la présente étude montrent que les retombées fiscales permettraient de couvrir en bonne partie, voire la totalité des coûts de mise en œuvre d'un service de train défrayé par les municipalités. Ces coûts atteignant des millions de dollars – 7,5 millions de dollars dans le cas de la ligne de la Rive-Sud –, cet avantage fiscal constitue un autre facteur important qui milite en faveur de l'implantation de services de transport en commun par les municipalités. La réduction de la circulation routière et de son impact environnemental (bruits, émissions atmosphériques, entretien des routes) ainsi que l'augmentation des services de transport en commun font partie des avantages immédiats qui profitent aux citoyens de la Ville de Montréal et de ses environs.