Des arpenteurs à la conquête du Nord



La question du territoire chez les Premières Nations du Canada est régulièrement l'objet de préoccupations et de réflexions. Jean Manore, professeure-chercheure à l'Université Bishop's, s'est intéressée aux dizaines d'arpenteurs qui, entre 1870 et 1930, ont exploré le nord de l'Ontario à la demande des gouvernements provincial et fédéral. Véritables pionniers, ils ont cartographié le territoire et en ont recensé les ressources, offrant aux gouvernements des données essentielles pour prendre en main la région.

Les cartes géographiques et les notes des arpenteurs serviront de base au gouvernement.

À cette époque, les gouvernements canadien et ontarien commencent à imposer au nord de la province un cadre juridique sur un territoire occupé par les Autochtones, ce que l'historien Ian McKay appelle « le cadre de l'ordre libéral », qui repose sur l'État de droit, l'individualisme et la propriété privée. Cet ordre politique et économique est étranger aux Autochtones, mais permettra à l'État de s'accaparer les territoires du Nord sans pour autant les occuper physiquement.

Les cartes géographiques et les notes des arpenteurs serviront de base au gouvernement dans l'élaboration des lois et des politiques qui encadreront l'étendue de sa juridiction sur les terres des Autochtones du nord de la province. Ces géomètres s'intéressent à ce territoire essentiellement pour les possibilités qu'il offre sur le plan de l'exploitation industrielle des ressources et de la génération de profits, une vision bien différente de celle des Autochtones de l'époque.

Les travaux de Jean Manore éclairent cette partie de l'histoire du Nord canadien, mais aussi la formation de l'État du Canada et les relations entre les peuples autochtones et les colonisateurs, nous permettant ainsi de mieux comprendre certains conflits qui perdurent.