Capsules d'information

Cette série de capsules a pour but d'informer les nouveaux chercheurs et les étudiants aux cycles supérieurs en sciences sociales et humaines, en arts et lettres sur le sens de l'information exigée dans les formulaires de consentement du participant à la recherche et les formulaires de demandes de certificat d'éthique. Ces courts textes tiennent compte de la nouvelle version de l'Énoncé de politique des trois Conseils : éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2).

 

Outre les risques physiques, les activités de recherche peuvent aussi amener des inconvénients ou mettre les participants en situation inconfortable sur le plan psychologique (comme certaines questions d'entrevue ou d'un questionnaire qui remémoreraient des souvenirs désagréables). Toutefois, il existe certaines mesures visant à minimiser les inconvénients ou risques psychologiques.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d'éthique de la recherche?

Le respect du bien-être des participants est à la base de cette demande. Bien que la recherche soit nécessaire pour le développement des connaissances et de l'innovation, elle peut comporter des inconvénients pour les participants. Si des participants ressortent troublés émotionnellement à la suite de leur participation à une recherche, les chercheurs doivent disposer de ressources qui les aideront à surmonter cette épreuve. En outre, l'Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2) considère que les chercheurs doivent prévoir des moyens pour minimiser les répercussions psychologiques causées par la participation à la recherche. Par exemple. lors de la présentation du déroulement de la recherche, insister sur le fait que les participants peuvent cesser leur participation quand bon leur semble. Ils peuvent aussi décider de ne pas répondre à certaines questions d'entrevue, et ce, sans avoir à donner de raisons.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

À la différence de la recherche dans le domaine biomédical, les inconvénients ou les risques  liés à la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres (SSHAL) sont plus souvent psychologiques que physiques. Bien entendu, les uns ne peuvent être considérés comme plus importants que les autres. Mais chose certaine, les inconvénients ou risques psychologiques demeurent plus difficiles à circonscrire et les répercussions de cet ordre sont plus subtiles. Elles risquent même de passer inaperçues. Si des participants à une étude clinique peuvent difficilement cacher un effet indésirable qu'ils subissent à la suite de l'administration du médicament testé, des participants à une recherche sur la violence familiale pourraient refouler leur malaise devant certaines questions sur le sujet.

C'est pourquoi il est très important pour le chercheur de rester à l'affût de signes pouvant dénoter un malaise chez les participants. En outre, il doit prévoir des mesures afin d'atténuer les inconvénients que peuvent subir les participants pendant la recherche. Par exemple, prévoir des pauses au cours d'un entretien, s'assurer que tout va bien avant de poursuivre, offrir aux participants de mettre fin à l'entrevue s'ils expriment un inconfort ou un malaise, quitte à reprendre un autre jour ou à simplement cesser la participation à la recherche. Dans un cas de bouleversement ou de détresse, référer les participants à une ressource pouvant les aider et assurer un suivi nécessaire.

Exemple d'informations à transmettre

Notre recherche consistera notamment en des entretiens individuels semi-directifs avec des femmes ayant déjà subi de la violence de la part de leur conjoint. La nature des questions est susceptible de remémorer des souvenirs et des émotions désagréables aux participantes. Afin d'atténuer ces risques, nous recruterons des femmes qui ne sont plus en relation avec leur conjoint violent depuis au moins 5 ans. De plus, nous prévoyons faire deux pauses durant l'entretien dont la durée prévue est de 90 à 120 minutes. Si une participante éprouve de la difficulté à poursuivre en raison des émotions que suscitent les questions, nous lui offrirons de prendre une pause avant de poursuivre ou de cesser l'entrevue le cas échéant. Enfin, nous proposerons une liste de ressources en fin d'entrevue afin que la personne ne soit pas laissée à elle-même si elle a besoin d'aide.

Pour en savoir plus…

  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 1 – Le cadre éthique, section « La préoccupation pour le bien-être »
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 2 – Portée et approche, section « B. Approche à adopter dans l'évaluation de la recherche par le CER »
  • Articles 6 et 18 de la Déclaration de Helsinki

 

 

La conservation des données concerne tous les aspects liés au stockage des données de recherche par le chercheur en vue de leur analyse ou de leur utilisation ultérieure, et peut répondre à divers objectifs. Le chercheur peut ainsi mieux analyser un phénomène que s'il ne faisait que le compte rendu d'entrevues où il n'aurait pris ni note, ni enregistrement. En outre, les données conservées sont autant de traces de la recherche, un peu à la manière d'une preuve qui viendrait appuyer les conclusions du chercheur et attester qu'il n'y a pas eu fraude. La conservation des données peut également servir à alimenter un corpus qui sert à son tour de base pour d'autres recherches (utilisation ultérieure). Enfin, il faut aussi noter la conservation de données dans le but d'alimenter les dépôts d'archives et la recherche historique.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d'éthique de la recherche ?

Les exigences éthiques en matière de conservation des données de recherche sont mises en place notamment dans le but de protéger la confidentialité de ces données, ainsi que la vie privée des participants à la recherche. En outre, en balisant la conservation et la communication des données de recherche, il est permis de croire qu'elles ne seront utilisées qu'aux fins pour lesquelles elles ont été recueillies en premier lieu.

L'insistance des comités d'éthique de la recherche (CER) pour la conservation adéquate et la destruction des données de recherche a bien entendu des conséquences sur le plan du développement des connaissances. La destruction de données de recherche peut nuire au développement des connaissances sur certains phénomènes. Par ailleurs, la conservation de toutes les données de recherche et leur réutilisation pour d'autres fins pourraient possiblement conduire à des découvertes scientifiques. À l'opposé, une politique qui ne permettrait pas aux chercheurs de conserver les données de recherche reviendrait à empêcher la recherche telle qu'on la conçoit. Il semble donc que les acteurs en place ont convenu qu'un équilibre est nécessaire afin de permettre à deux valeurs fondamentales de s'exprimer : la vie privée et le développement des connaissances.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Contrairement aux chercheurs du domaine biomédical qui sont habitués à une conservation des données qui peut s'étirer dans le temps, ceux en sciences sociales et humaines, en arts et lettres (SSHAL) sont plus souvent astreints à une conservation écourtée de leurs données de recherche. Ainsi, les données sont rarement conservées pour plus que la durée nécessaire pour mener à bien la recherche et sont stockées dans une banque de données ou sont déposées dans un fonds d'archives. Lorsque c'est le cas, le chercheur doit en aviser le CER qui évalue sa demande et doit s'assurer de respecter certaines normes pour protéger la confidentialité des données recueillies. Par exemple, dans le cas d'une utilisation ultérieure des données par le même chercheur ou un autre, il est habituellement demandé au chercheur d'anonymiser les données de façon irréversible et de prévenir les participants qu'une telle démarche est envisagée dans le formulaire de consentement.

Partant des renseignements personnels concernant des participants, protéger la confidentialité des données de recherche est devenu un défi de taille à l'heure des technologies de l'information et de la communication. De plus en plus, les données de recherche sont compilées sur des ordinateurs, mais les formulaires et les notes manuscrites sont encore très utilisés. Plusieurs moyens s'offrent aux chercheurs pour protéger les données ainsi conservées : fichiers et ordinateurs protégés par des mots de passe, classeurs et locaux verrouillés à clé, etc. Dans le contexte de la grande majorité des projets de recherche, ces moyens semblent de prime abord suffisants. Cependant, dans certains cas, ils peuvent s'avérer difficiles à garantir, notamment en ce qui concerne la recherche à l'étranger.

Enfin, concernant les recherches auprès des autochtones, les données de recherche sont habituellement conservées par la communauté où s'effectue la recherche. Pour eux, il s'agit d'une façon de demeurer propriétaires des retombées de la recherche et d'enrichir leur patrimoine. La possession des données et des rapports de recherche permet d'informer la communauté des résultats de la recherche, voire de s'en servir en vue d'une action politique ou autres.

Exemples d'informations à transmettre

  • Exemple 1 : Les données de recherche seront anonymisées. Un code sera attribué pour chaque participant et seul le chercheur aura accès à la liste qui associe les noms et les codes. Les données (questionnaires complétés et transcription d'entrevues) seront conservées pendant trois ans et seront détruites par la suite. Les enregistrements seront détruits dès que leur transcription sera complétée.

  • Exemple 2 : Les données seront anonymisées avant d'être versées dans une banque de données qui pourra servir de plateforme de recherche pour d'autres membres de notre groupe de recherche. Vous trouverez joint à ma demande le cadre de gestion de cette banque de données.


Pour en savoir plus

 

  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 5 – Vie privée et confidentialité, section « Sécurité »
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 5 – Vie privée et confidentialité, Articles 5.2, 5.3 et 5.4

 

Établis par le chercheur, ce sont les critères auxquels les personnes doivent répondre pour participer à la recherche (dans le cas de l'inclusion) ou qui empêchent les personnes d'être retenues pour participer à la recherche (dans le cas de l'exclusion). Devant être étroitement liés à l'objet de la recherche, ces critères peuvent avoir trait à la culture, à la langue parlée, au genre, à l'ethnicité, à l'âge, à l'appartenance à un groupe ou à une organisation ou encore, à l'aptitude à consentir.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d'éthique de la recherche ?

C'est du point de vue du principe de justice que les critères d'inclusion et d'exclusion soulèvent des questions d'éthique. En effet, dans l'esprit de l'Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), il faut chercher à atteindre un équilibre entre, d'une part, le fait de faire porter à certaines catégories de personnes un « fardeau disproportionné » dans la participation à des activités de recherche et, d'autre part, le fait d'empêcher certaines catégories de personnes de profiter des avantages et des retombées de la recherche.

Dans le premier cas, il faut donc éviter l'inclusion indue, c'est-à-dire de viser des personnes ou des groupes que les circonstances rendent faciles à solliciter et à recruter. En effet, les participants ne doivent pas être recrutés sur la seule base du fait qu'ils sont faciles à recruter. Par exemple, viser la clientèle d'un organisme parce que cela facilite le travail du chercheur sur le plan logistique ne serait pas acceptable. Les centres jeunesse du Québec constituent un bon exemple à ce titre. La clientèle de ces organismes est souvent sollicitée pour participer à des recherches, notamment en intervention sociale. Déjà, elle porte une bonne part du fardeau de la recherche faite sur les jeunes. Aussi, un chercheur qui projetterait de faire une recherche sur les habitudes de consommation de produits vestimentaires et qui voudrait recruter dans les centres jeunesse inclurait de façon indue une population déjà surreprésentée parmi les participants à la recherche. Qui plus est, rien ne justifie le recours à cette population pour un sujet aussi large et qui est susceptible de toucher tous les jeunes sans égard à leur présence en centre jeunesse.

Dans l'autre cas, il faut éviter l'exclusion indue. Traditionnellement, certains groupes ont été systématiquement exclus de la recherche à titre de participants, comme les femmes, les enfants et les personnes inaptes à consentir, par exemple. Aussi, les participants ne doivent pas être exclus de la recherche sur la base du seul fait qu'elles sont difficiles à joindre ou à recruter. Par exemple, un chercheur s'intéressant à la relation thérapeutique entre des proches aidants et des personnes en perte d'autonomie et qui ne recruterait que des personnes aptes à consentir exclurait de facto une partie possiblement importante de la « population cible ». De fait, plusieurs des personnes en perte d'autonomie pourraient ne plus être en mesure de consentir à la recherche elles-mêmes. Or, leur tuteur, curateur ou mandataire pourrait le faire à leur place. L'inclusion de cette catégorie de participants dans la recherche permettrait aussi de prendre leur réalité en considération. Ce faisant, le développement de nouvelles approches en matière de services sociaux et de soutien psychologique pourrait en être bonifié et mieux refléter la diversité des acteurs concernés.

Certaines activités de recherche visent des personnes ou des groupes précis pouvant présenter certaines caractéristiques bien particulières. Dans ces cas, les critères d'inclusion et d'exclusion doivent être raisonnables et scientifiquement valides. Toutefois, si les activités de recherche s'intéressent à un objet qui n'est pas propre à des personnes ou à des groupes répondant à un certain profil, les chercheurs devraient faire en sorte que l'ensemble des participants représente la diversité de la société.

Exemples d'informations à transmettre

Critères d'inclusion :

  • Faire partie d'une équipe de soccer dans une ligue mineure

  • Être une fille âgée entre 14 ans et 17 ans (inclusivement)

Critères d'exclusion :

  • Être de sexe masculin et être âgé de 13 ans et moins ou de 18 ans et plus
  • Justification : Bien que nous discriminions selon le sexe et l'âge, la présente recherche vise spécifiquement à étudier la perception des adolescentes s'adonnant au soccer vis-à-vis des joueuses plus jeunes et plus vieilles qu'elles, de même que des joueurs du sexe opposé.


Pour en savoir plus

  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 1 – Le cadre éthique, section « La justice »
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 4 – Justice et équité dans la participation à la recherche.
  • Article de Wikipedia Étude de Tuskegee sur la syphilis. Il s'agit d'un exemple clair où un groupe social a porté un fardeau démesuré des efforts de recherche et qui n'a pu profiter des retombées bénéfiques des activités de recherche ni de traitements appropriés.

 

Dans le contexte de la recherche avec des êtres humains, la méthodologie comprend les moyens utilisés afin de recueillir des données auprès des participants. Généralement, les comités d'éthique de la recherche (CER) demandent quels types de méthodes et d'instruments de mesure vous comptez utiliser dans le cadre de vos activités de recherche. À la différence des sciences biomédicales, les sciences sociales et humaines ont davantage recours aux méthodes de type qualitatif. Comme les CER ont parfois moins l'habitude d'évaluer des projets de recherche dans ces domaines, ils peuvent être moins familiers avec diverses approches qualitatives. C'est pourquoi il est essentiel de bien expliquer vos stratégies de collecte de données.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d'éthique de la recherche ?

Parce que les moyens utilisés pour collecter des données sont susceptibles d'avoir des répercussions sur tout le reste de la recherche, y compris sur la nature de la participation des personnes impliquées dans la recherche.

En premier lieu, une telle information indiquera au CER si votre projet de recherche nécessite une évaluation éthique, nonobstant la présence de sujets humains. Par exemple, dans le cas de l'observation non participante sans collecte de renseignements susceptibles de mener à l'identification de certaines personnes et dans un lieu public, vous n'avez pas à demander de certificat d'éthique.

En deuxième lieu, la méthode employée et les instruments utilisés peuvent aider le CER à déterminer le degré de risque et l'importance d'éventuels inconvénients, auxquels s'exposent les participants. Par exemple, si vous documentez des études de cas à l'aide d'entrevues individuelles et que des questions assez directes portent sur un sujet délicat qui risque de faire naître chez les participants des émotions désagréables ou de lui rappeler des souvenirs douloureux, cela augmentera d'autant les risques psychologiques et les inconvénients pour les participants.

Le fait d'en savoir plus sur ce sujet permet aussi au CER d'estimer à quel point il y aura intrusion dans la vie privée des participants. Par ricochet, cela peut influencer les attentes du CER à votre endroit en matière de gestion des données de recherche, notamment sur le plan de leur conservation et de la diffusion des résultats. En outre, cela permet au CER d'établir si vous aurez recours à des méthodes particulières, comme la divulgation partielle d'information, ou quelle forme de consentement, (oral, écrit, non documenté, etc.) s'avère la plus appropriée dans le cadre de votre projet de recherche.

Enfin, de manière plus générale, le CER sera plus en mesure de juger de la nature de l'interaction qui s'établira entre le chercheur et les participants.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres (SSHAL) font intervenir toute une panoplie de méthodes de recherche. Certains projets peuvent aussi combiner plusieurs d'entre elles. Reste que ce qui caractérise le mieux ces domaines est le recours aux méthodes qualitatives. Certaines d'entre elles sont épistémologiquement très éloignées des méthodes quantitatives plus classiques, et auxquelles certains CER peuvent être plus habitués. Pensons à l'observation participante, à l'étude de cas ou aux groupes de discussion.

D'autres méthodes qualitatives peuvent se passer de variables et d'hypothèses. Dans certains cas, les chercheurs peuvent se trouver dans l'incapacité de fournir au CER la méthode de collecte de données ou d'analyse, ou les instruments de mesure dans leur version finale, c'est-à-dire la version qui sera utilisée pour collecter les données.

Aussi, étant donné le caractère dynamique et émergent de certaines approches en SSHAL, les CER peuvent exiger de recevoir les documents dans leur forme finale une fois que le chercheur en dispose et qu'entre-temps, le chercheur signale tout changement dans les méthodes utilisées pour recueillir des données. Par exemple, un questionnaire d'entrevue qui demanderait un prétest ou une validation auprès de quelques personnes.

Enfin, le recours à des méthodes participatives pose aussi des défis importants aux CER en matière d'évaluation éthique, car la frontière entre celui qui fait la recherche et celui qui y participe s'atténue. Dans certains cas, des participants seront invités par le chercheur à contribuer à l'orientation des pistes de recherche. Dans d'autres, le chercheur s'insèrera au milieu qu'il tente d'étudier pour mieux le comprendre. Il lui est alors aussi difficile que nécessaire de s'assurer que les participants sauront faire la différence entre le rôle de chercheur et le rôle de bénévole, de coopérant ou d'intervenant.

Ces pratiques s'éloignent des méthodes s'inscrivant traditionnellement dans le sillage des approches hypothético-déductives (surtout associées aux sciences biomédicales). Or, la plupart des textes normatifs en matière d'éthique de la recherche ont été élaborés en lien étroit avec ces approches. C'est notamment pour cette raison que les chercheurs en SSHAL se retrouvent parfois bien peu dans ces textes normatifs.

Exemple d'informations à transmettre

Pour mener à bien notre recherche, nous aurons recours à une combinaison de méthodes qualitatives et quantitatives.

Premièrement, nous comptons recruter une dizaine de participants (nous visons un nombre égal d'adultes, hommes et femmes), afin de mener des entrevues individuelles semi-dirigées (une par participant), enregistrées au format audio et d'une durée d'environ 90 minutes chacune. Une grille d'entrevue provisoire (jointe à la présente demande de certificat d'éthique) a été développée.

Certaines questions seront possiblement modifiées, supprimées ou ajoutées en cours de recherche. Nous ferons parvenir au CER les principaux changements en cours de recherche et une version finale de la grille sera envoyée dès qu'elle sera disponible. L'analyse des réponses aux entrevues sera effectuée à l'aide d'un logiciel de traitement de l'information largement utilisé pour la recherche qualitative.

Nous procéderons également à de l'observation non participante. Pour ce faire, nous assisterons à au moins cinq réunions du conseil municipal. Nous tiendrons un journal de notes. Cette méthode servira à documenter les interactions entre les élus et les citoyens. Le conseil municipal compte cinq hommes et trois femmes. Nous ne pouvons présumer du nombre de citoyens qui seront présents, ni de la ventilation selon le sexe.

Enfin, nous ferons parvenir un questionnaire électronique à 500 citoyens de la municipalité visée par la recherche (250 hommes et 250 femmes, tous majeurs). Une fois prétesté, le questionnaire sera acheminé dans 500 foyers par voie électronique. À la réception des réponses, une analyse quantitative des résultats sera effectuée. Une version préliminaire du questionnaire est jointe en annexe de la présente demande. Sa version finale sera envoyée au CER avant d'être soumise aux personnes visées.

Pour en savoir plus

  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 10 – Les méthodes qualitatives, section « A. Nature de la recherche qualitative »
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 10 – Les méthodes qualitatives, section « Études par observation »
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 10 – Les méthodes qualitatives, section « La recherche qualitative impliquant un modèle de recherche émergente »

 

Le recrutement des participants à la recherche constitue une démarche qu'entreprend le chercheur à partir du moment où il obtient un certificat d'éthique en bonne et due forme. Le fait que la possibilité de recruter des participants soit conditionnelle à l'approbation d'un comité d'éthique de la recherche (CER) est révélateur de l'importance accordée à cette étape de la recherche. Pour le chercheur et son équipe, il s'agit peut-être du premier contact direct avec les participants potentiels et donc l'occasion de jeter les bases de la relation de confiance qui doit les unir.

Pourquoi cela vous est-il demandé par le comité d'éthique de la recherche ?

On peut voir le recrutement des participants comme une étape au carrefour de plusieurs enjeux de l'éthique de la recherche. En effet, la manière dont sont recrutés les participants appelle à une réflexion de la part du chercheur quant aux moyens mis en place, notamment pour :

1.    s'assurer d'obtenir un consentement libre et éclairé ;
2.    protéger la confidentialité des données ;
3.    respecter la vie privée des participants ;
4.    justifier les critères d'inclusion et d'exclusion.

Cependant, l'Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2) précise que « l'évaluation par le CER n'est pas obligatoire au cours des premières étapes d'exploration pendant lesquelles les chercheurs prennent contact avec les personnes ou les communautés visées pour établir des partenariats de recherche ou concevoir des travaux de recherche. » Cette disposition permet au chercheur de valider la faisabilité de son projet de recherche avant de le présenter au CER.

Particularités pour les sciences sociales et humaines, les arts et lettres

Lorsqu'il est question de recrutement de participants, la recherche en sciences biomédicales s'adresse souvent à des usagers du réseau de la santé et des services sociaux. De plus, c'est souvent par l'intermédiaire d'infirmières de recherche que les chercheurs procèdent au recrutement. Le niveau de risque peut être relativement élevé, puisque c'est l'état de santé physique qui est l'objet de la recherche.

Or, en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres (SSHAL), le profil des participants est très varié. Il en va de même du niveau de risque. Une recherche sur les habitudes de consommation des foyers de Saguenay comportera possiblement un faible niveau de risque, voire aucun, alors qu'une autre sur les facteurs facilitant la réconciliation de couples ayant vécu des épisodes de violence conjugale pourra comporter des risques majeurs. En outre, c'est plus souvent le chercheur lui-même qui procèdera au recrutement, ce qui lui permet un contact plus direct avec les participants. Ce trait caractéristique permet de personnaliser la relation avec le participant et de favoriser une culture de confiance réciproque. Il faut dire que la nature même de « l'expérimentation » est radicalement différente entre les sciences biomédicales et les SSHAL sur ce point.

Alors que, dans le premier cas, l'interaction entre le chercheur et les participants peut être inexistante (le chercheur se contentant d'analyser des échantillons sanguins, par exemple), dans le cas des SSHAL, le chercheur aura fort probablement à rencontrer les participants pour une entrevue individuelle ou de groupe ou pour lui faire compléter un questionnaire, l'objet de la recherche étant souvent la personne elle-même et son expérience.

Il peut aussi arriver que le recrutement soit présenté par un intervenant quelconque (voir l'exemple). Cette façon de faire permet au chercheur de cibler, dans son recrutement, des participants éventuels qui répondent aux critères d'inclusion et qui sont plus susceptibles d'être ouverts à la recherche. Dans le cas de personnes vulnérables sur le plan émotif, par exemple, l'intervenant responsable de leur dossier est certainement plus à même de repérer ceux qui seront tout de même en mesure de donner une entrevue sur un sujet délicat, sans les mettre dans une situation à risque. Toutefois, des mesures s'imposent pour éviter que le seul fait de la présentation d'un projet de recherche par l'intervenant ne constitue une pression trop forte sur l'usager. Il faut qu'il soit clairement établi que l'intervenant ne soit pas mis au courant de la décision de l'usager d'accepter ou de refuser de participer à la recherche et que cette décision n'affecte pas les services qu'il reçoit de la part de l'établissement ou de l'organisme.

À cet effet, une bonne pratique consiste à déléguer la responsabilité de diffuser l'information sur l'existence du projet de recherche à l'intervenant, mais de laisser aux participants l'initiative : c'est à eux de contacter le chercheur pour manifester leur intérêt.

La recherche en SSHAL présente des défis importants en matière de recrutement, notamment lorsqu'il est question de recherches menées à l'étranger : la prise en compte des particularités culturelles et historiques, le recours à un traducteur et l'engagement de ce dernier à protéger la confidentialité des données de recherche, les moyens de communication permettant aux participants et au chercheur de se joindre, pour n'en nommer que quelques-uns.

Exemple d'informations à transmettre

Nous comptons recruter une dizaine de participants. Comme les personnes visées par le recrutement sont vulnérables par leur situation émotive, nous avons pensé que les intervenants, qui les rencontrent régulièrement, seraient à même de transmettre, en notre nom, un feuillet d'information qui présente notre projet de recherche. Ces intervenants sont bien placés pour déterminer quel usager est suffisamment « solide » sur le plan émotif pour se prêter à une entrevue individuelle semi-ouverte d'environ 90 minutes sur un sujet aussi sensible. Aussi, nous comptons sur le jugement de ces intervenants pour cibler des participants qui encourront le moins de risque possible en participants à la recherche.

Une fois le feuillet d'information remis, les personnes ciblées devront nous contacter soit par téléphone, soit par courriel pour entreprendre le processus de consentement. L'intervenant ne sera pas mis au courant de la décision de l'usager d'accepter ou de refuser de participer à la recherche et ce, afin de garantir aux personnes ciblées que cette décision n'affectera pas les services qu'ils reçoivent de la part de l'organisme.

Pour en savoir plus

  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 3 – Le processus de consentement, Article 3.1 et la sous-section « Influence indue » de son application.
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 3 – Le processus de consentement, Article 3.2, p. 34.
  • Énoncé de politique des trois Conseils : l'éthique de la recherche avec des êtres humains (EPTC2), Chapitre 10 – La recherche qualitative, Article 10.1