Transformation du microbiome humain comme pratique expérimentale du bioart

 

François-Joseph Lapointe

Université de Montréal

 

Domaine : création artistique et littéraire

Programme appui à la recherche-création

Concours 2015-2016

En vertu des récents progrès technologiques, de très nombreux génomes bactériens ont été assemblés et le séquençage de génomes entiers (la génomique) est couramment utilisé en microbiologie pour étudier l'évolution et la diversité bactérienne. La génomique environnementale (ou métagénomique) s'intéresse plutôt à la caractérisation et la comparaison de la diversité génomique dans les échantillons environnementaux. Notamment, des études métagénomiques chez l'homme ont révélé que moins de 10 % des cellules qui composent notre corps sont des cellules humaines : 90 % de nos cellules sont d'origine bactérienne. La description de ce microbiome est d'une grande importance pour plusieurs raisons. D'une part, Homo sapiens, tel qu'on le considère habituellement, n'existe plus! L'être humain est un super-organisme composé de génomes pluriels, un organisme au sein duquel un grand nombre d'espèces différentes cohabitent et coexistent. Plus encore, le microbiome humain est un métagénome dynamique qui change en fonction de la partie du corps, de l'environnement et de l'état de santé de chaque individu. Les recherches sur le microbiome humain ouvrent aujourd'hui la porte à un nouveau genre d'art hybride alliant les outils de la métagénomique à un nouveau médium artistique. En tant que scientifique, je m'intéresse aux aspects méthodologiques de la métagénomique. Ma pratique artistique traite également du métagénome, non comme sujet, mais comme substrat artistique. Le présent projet pousse encore plus loin ma démarche en cherchant à identifier le génome complet de la communauté de bactéries présentes sur l'ensemble de mon corps, de même qu'à l'intérieur de celui-ci.

Plus précisément, ce projet de recherche-création vise à suivre les transformations de mon propre microbiome, à produire des autoportraits d'un métagénome en constante évolution révélant les multiples facettes (et orifices) du corps humain. L'épistémologie distingue divers types d'interactions entre l'art et la science allant de l'interdisciplinarité à la transdisciplinarité, en passant par la multidisciplinarité, la pluridisciplinarité et l'indisciplinarité. Je préconise plutôt l'approche paradisciplinaire, qui favorise une pratique parallèle de mes activités de recherche; la science d'un côté, l'art de l'autre, avec certaines zones de contacts, des points de rencontres où les deux disciplines s'hybrident de façon symétrique. Dans le cadre de mes travaux, je m'intéresse aux conditions favorisant l'émergence et la multiplication de ces points de contacts. Je cherche à établir les conditions de l'hybridation art + science, à identifier les paramètres de la collaboration entre artistes et scientifiques, tant au niveau du discours que de la méthode. Ce projet de recherche-création traite spécifiquement de l'art métagénomique comme cas particulier d'anastomose artscience, le microbiome comme vecteur de médiation transculturelle entre le monde de l'art, le monde de la science et la sphère publique.