Rock City : Enjeux esthétiques et éthiques soulevés par la création d'une oeuvre littéraire non fictionnelle à partir d'entrevues

 

Sophie Létourneau

Université Laval

 

Domaine : création artistique et littéraire

Programme soutien à la recherche-création pour la relève professorale

Concours 2018-2019

Ce projet de recherche-création s'articule autour de la réalisation d'une œuvre littéraire. ROCK CITY se présentera comme une galerie d'une quarantaine de portraits de divers acteurs de la scène musicale de Québec dans les années 1990.

Ce projet fait suite à une commande de mon éditeur, Le Quartanier, qui a demandé à dix auteurs d'écrire une novella, soit un récit d'une cinquantaine de pages. Pour ma part, j'ai choisi d'écrire un coming of age intitulé L'ÉTÉ 95, paru en 2013. Il s'agit d'une fiction située à Québec, qui témoigne de la disparition d'un monde proto-Internet, notamment de la scène musicale électronique. Alors que je rédigeais L'ÉTÉ 95, il m'est apparu que l'univers des scènes musicales électronique et indie à Québec dans les années 1990 possédaient un potentiel plus riche que ce qu'il m'était possible d'exploiter dans le cadre restreint de la novella. En tant que « fille de Québec », je souhaite représenter ce lieu (Québec), ce milieu (la scène musicale) et cette époque (tout juste avant Internet) aujourd'hui quasi-oubliés parce que passés sous le radar des médias, des chercheurs et des artistes. Je me suis promis d'explorer cette matière dans le cadre d'un projet de non-fiction.

On entend par non-fiction l'ensemble des textes dans lesquels le discours de l'auteur se veut fondé sur des faits. L'expression chapeaute aussi bien les écritures de l'intime (de la correspondance entre Gérald Godin et Pauline Julien à la poésie confessionnelle de Maude Veilleux) que des œuvres qui  s'ouvre au monde, comme les merveilleux reportages de Gabrielle Roy sur la Gaspésie ou les aphorismes cinglants de Cioran.

Dans le vaste champ de la non-fiction, ce projet se réclame du journalisme littéraire, traditionnellement pratiqué par des écrivains recrutés par des magazines. Les textes issus du journalisme littéraire proposent le point de vue d'un auteur qui en plus de se documenter sur son sujet, s'est rendu sur le terrain rencontrer les acteurs de l'histoire qu'il racontera avec style et une grande maitrise de la narration. Dans le genre, l'oeuvre-phare demeure IN COLD BLOOD de Truman Capote.

Pour rédiger ROCK CITY, j'emprunterai au journalisme la technique de l'entrevue. Je rencontrerai une quarantaine d'acteurs des scènes musicales de la ville de Québec dans les années 1990 – DJs, musiciens, producteurs, propriétaires des bars, employés des magasins qui constituaient les lieux de rencontre et les relais d'information à l'époque, clients et mélomanes – à qui je demanderai de me raconter l'époque à partir d'un questionnaire que j'aurai élaboré et fait approuvé par le Comité éthique de mon université. J'embaucherai des auxiliaires qui m'accompagneront et qui transcriront les entrevues, dont je me servirai pour l'écriture de ROCK CITY.

Cette expérimentation nourrira une recherche portant sur les enjeux esthétiques et éthiques soulevés par l'écriture d'oeuvres littéraires non fictionnelles. Comment parler d'une oeuvre documentaire en termes esthétiques? Qui est l'auteur d'une oeuvre donnant à entendre la parole d'autrui? Quel impact peut produire la prise de parole d'un groupe d'individus? C'est à ce type de questions que ce projet de recherche-création souhaite répondre.