Principaux moteurs sociodémographiques de la révolution de la longévité des adultes : nouveaux éclairages apportés par l'âge modal au décès

 

Nadine Ouellette

Université de Montréal

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

L'être humain n'a jamais vécu aussi longtemps qu'il vit aujourd'hui. Les valeurs actuelles d'espérance de vie à la naissance avoisinent 85 ans chez les femmes dans la plupart des pays à revenu élevé, et l'augmentation s'y poursuit désormais principalement grâce au surprenant recul marqué de la mortalité aux âges élevés. Nous assistons à une véritable révolution de la longévité des adultes, et il est devenu plus important que jamais d'obtenir des mesures et une compréhension précises des gains de mortalité enregistrés aux âges avancés. Les travaux récents soulignent la nécessité d'accompagner les indicateurs d'espérance de vie d'indicateurs autres, notamment l'âge modal (i.e. le plus fréquent) au décès, qui est particulièrement adapté à l'étude de la longévité puisqu'il est uniquement influencé par la mortalité aux grands âges. La recherche proposée vise à profiter de cette précieuse caractéristique de l'âge modal au décès pour identifier les variables sociodémographiques et contextuelles qui agissent comme principaux moteurs de la révolution de la longévité des adultes dans les pays à revenu élevé.

Les objectifs du projet sont d'ordre méthodologique et théorique. Il s'agit d'abord d'estimer les valeurs annuelles d'âge modal au décès depuis 1950 pour chaque sexe dans un vaste ensemble de pays à revenu élevé. Pour y arriver, nous utiliserons une méthode de lissage par P-splines que nous avons récemment développée et qui est actuellement reconnue comme la meilleure méthode d'estimation de l'âge modal au décès. Le second objectif est d'introduire un modèle novateur d'analyse des déterminants sociodémographiques et contextuels de l'accroissement de l'âge modal au décès depuis le milieu du XXe siècle dans ces pays. Nous privilégierons un modèle bayésien hiérarchique afin de faire émerger les moteurs d'accroissement de l'âge modal communs à l'ensemble des pays étudiés et d'identifier, par ailleurs, les variables expliquant les différences observées entre ces pays. Le troisième objectif est d'utiliser les résultats de cette analyse bayésienne pour tenter d'intégrer le recul marqué de la mortalité des personnes âgées dans la théorie de la transition démographique classique.

Les données sur les nombres de décès et les effectifs de population soumise au risque, toutes ventilées par sexe, année d'âge et année de calendrier, seront extraites de la « Human Mortality Database » (www.mortality.org) pour tous les pays à revenu élevé disponibles. Les données sur les variables sociodémographiques et contextuelles (e.g. revenu national brut par habitant, nombre moyen d'années de scolarité, types de régimes d'assurance maladie et de sécurité du revenu des personnes âgées) proviendront des instituts nationaux de la statistique des divers pays à l'étude.

Parmi les retombées attendues, citons un apport méthodologique important dans l'analyse des déterminants de l'accroissement de la longévité humaine. Nos résultats intéressent grandement plusieurs organismes publics (au Canada par exemple : Statistique Canada, Bureau de l'actuaire en chef, Santé Canada), certains avec lesquels nous collaborons déjà et dont les analyses guident l'élaboration de politiques publiques en matière de vieillissement de la population et de régimes de retraite (publics et privés), un sujet de haute préoccupation pour les prochaines années.