Parcours intellectuel de Gérald Fortin entre 1956 et 1971 : penseur de la sociologie, de l'aménagement et du développement participatif de la société québécoise comme « ville à inventer »

 

Dominique Morin

Université du Québec à Rimouski

 

Domaine : personnes, communautés et vie sociale

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2012-2013

Gérald Fortin fut un initiateur de la sociologie interventionniste au Québec, une figure dominante des études rurales, urbaines et régionales au Canada, et un penseur du développement qui y valorisa l'expertise et la participation. Il n'existe aucun bilan de ses travaux et ses avancées marquantes sont l'objet d'oublis regrettables dans ces domaines. Cette situation est liée à l'association du personnage à l'image du Bureau d'aménagement de l'Est du Québec véhiculée par la critique d'une planification technocratique sans stratégie. Or, dès la mise en branle de ce Bureau, Fortin formule cette critique à l'interne au nom d'un idéal du développement régional soucieux de cette participation citoyenne que l'on peine à définir aujourd'hui.

Cette étude vise à caractériser la spécificité et à retracer l'évolution de sa sociologie de 1956 à 1971, dans ses théories, ses méthodes d'enquête et ses réflexions sur la vocation de la science sociale. Cet objectif sera poursuivi dans une analyse de publications et d'archives situant le parcours du sociologue dans celui du penseur dont l'implication politique a réorienté sa science sociale. Imprégnée d'ouvriérisme chrétien dans ses premiers travaux démystifiant la diversité et le changement en milieu rural, sa sociologie s'est engagée dans le projet d'un développement régional autour de la définition de la loi ARDA (1963); puis elle a cheminé au Bureau d'aménagement de l'Est du Québec dans le discernement d'une visée éthique participationniste exprimée dans son manifeste annexé au rapport Castonguay (1971), ainsi que d'un nationalisme visant le Québec comme une « ville à inventer ».