Loi islamique et droits humains : vers une nouvelle typologie des herméneutiques réformistes

 

Ahmed Ibrahim

Université McGill

 

Domaine : cultures, religions et civilisations

Programme établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Concours 2014-2015

Le coup d'État de juillet 2013 contre l'ancien président égyptien Mohamed Morsi a été en partie justifié au nom des droits des minorités et des femmes. Les libéraux craignaient que l'article 219 de la constitution égyptienne de 2012, qui visait à enchâsser des interprétations restrictives prémodernes de la loi islamique dans la loi de l'État, n'impose l'application d'une vision qui brime les droits des femmes et des minorités. Cet article constitutionnel, proposé par des islamistes ultraorthodoxes (salafistes), avait pour but de contrer les approches « réformistes ». Depuis le XIXe siècle, des intellectuels musulmans ont cherché à « réformer » la loi islamique afin de l'adapter aux différents changements et débats modernes. Bien que les grandes lignes des idées réformistes aient été étudiées par les historiens du droit islamique, il n'existe aucune typologie des méthodes qu'ont employées les réformateurs pour formuler leurs doctrines.

Le présent projet vise donc à présenter une typologie des méthodes utilisées par les réformateurs égyptiens depuis les débuts de la modernité, période souvent associée à l'invasion de l'Égypte par Napoléon Bonaparte en 1798. Je me propose aussi de comparer les méthodes des réformateurs à l'herméneutique juridique islamique classique. Mon hypothèse est que la plupart des méthodes employées par les réformateurs sont en réalité dérivées de l'herméneutique juridique classique et, par conséquent, que l'accusation « d'inauthenticité » souvent portée contre les réformateurs par leurs détracteurs est dénuée de fondement.