Les innovations technologiques au service de l'inclusion financière: acteurs, pratiques et relations

 

Marie Langevin-Laprise

Université du Québec à Montréal [UQAM]

 

Domaine : nature, transformation et gouvernance de la société et des institutions

Programme à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Mon projet de recherche se situe à la jonction de trois phénomènes marquant l'évolution des sociétés et des économies: la financiarisation, la finance marginale et l'inclusion financière. La financiarisation est un mécanisme qui caractérise les sociétés capitalistes et qui englobe une série de transformations conduisant à renforcer l'importance de la finance dans la vie économique des personnes, des collectivités, des firmes, comme des États. La finance marginale est partie prenante de ce processus et réfère à un secteur d'activités financières et annexes destinées à fournir des produits et services financiers dans des secteurs socioéconomiques marginalisés. L'inclusion financière est un programme d'action mis en œuvre globalement et qui a pour mission d'inclure dans la finance formelle l'ensemble des 2 milliards et demi d'individus qui n'ont pas accès à ce qui est considéré comme un outil vital de développement, au Nord comme au Sud.

Pour réaliser cette inclusion, donc pour rendre la finance formelle accessible partout sur la planète, les défis sont nombreux et complexes à surmonter. Cela requiert des solutions innovantes afin d'accélérer le rythme d'inclusion et d'atteindre les espaces les plus difficiles à desservir, tant pour des considérations géographiques (par exemple dans les régions alpines reculées), que d'infrastructures (par exemple dans les communautés sans guichets ATM). Les firmes de FinTech composent une nouvelle industrie faite de start-up innovantes utilisant la technologie pour repenser les services financiers et bancaires. Elles exploitent le potentiel du BigData, de la monnaie électronique et de l'économie comportementale pour commercialiser des applications visant à inclure davantage de personnes, plus rapidement et à moindres frais.

Il est pressant d'étudier les FinTech du secteur de la finance marginale qui progressent à un rythme très rapide. Le programme d'inclusion financière est porté par de larges ambitions et il est soutenu par des acteurs de tout horizon qui plaident pour un usage encore plus actif de ces technologies financières. Si les potentiels comme les risques de ces pratiques apparaissent très sensibles au plan social et économique, l'univers des FinTech est une boîte noire et nous sommes encore loin d'une pleine compréhension du domaine.

Les objectifs du projet sont de documenter les pratiques d'innovation technologique en finance marginale (microcrédit, transferts de fonds, microassurance, etc.), d'identifier les produits, les promoteurs, les incubateurs d'innovation et d'exposer les relations qui se dessinent dans cette industrie et avec les acteurs de l'inclusion financière. La collecte de données se fera sur la base d'une analyse documentaire portant sur le secteur, de l'observation lors de forums internationaux et de foires corporatives, des entrevues semi-dirigées avec des praticiens et des experts de cette industrie. La portée majeure du projet sera d'outiller la recherche en économie politique et en études du développement pour pouvoir ultimement appréhender les conséquences, positives comme négatives, des FinTech en finance marginale. Nous pourrons mieux saisir les opportunités et nous prémunir plus efficacement contre les aléas que ces outils transposent au niveau des individus ciblés par cette industrie, au niveau des trajectoires de développement des communautés et au niveau de la stabilité financière systémique.