Les formes contemporaines du non finito en art et en littérature : le travail du dés-achèvement

 

Catherine Mavrikakis

Université de Montréal

 

Domaine : création artistique et liitéraire

Programme appui à la recherche-création

Concours 2013-2014

Ce projet de recherche-création se consacrera à travers la littérature et l'art contemporains à l'étude du concept de non finito et aux manifestations d'une esthétique de l'informe (opposé à une forme aboutie, construite et menée à terme). Si cette technique de l'inachevé a été centrale dans la compréhension des œuvres sculpturales de la Renaissance (« Les captifs » de Michel-Ange, les œuvres de Donatello et de Dürer), il semble que les manifestations de l'art et de la littérature actuelles montrent un dialogue avec cette idée ancienne, la reprennent pour la réactualiser et adapter. En effet, un vrai travail s'effectue tant théoriquement que dans la pratique artistique sur cette idée de « non-achèvement » ou, comme on le verra, de dés-achèvement du processus artistique vu comme poétique ou esthétique. Or, les exemples donnés permettent de constater que ce sont surtout les beaux-arts, les arts visuels qui se sont attachés à ce concept de non finito, et ce même dans la modernité. Rosalind Krauss et Yve-Alain Bois repéraient dans leur essai « Formless: A User's Guide » l'importance du concept de forme inachevée (refusant d'offrir une représentation d'un « mener à terme ») dans l'art moderne et l'analysaient chez de nombreux artistes contemporains. Il s'agissait de poser l'autonomie de l'inachevé face à une forme finie et de sortir l'œuvre de son désir de forme complète. Si le modèle des arts reste fondateur pour toute réflexion actuelle sur le non finito, qu'en est-il de cet effet d'inachevé, de forme non finie, dans la littérature actuelle? Comment les œuvres littéraires se positionnent-elles face à ces idées d'inachèvement et d'informe en art?

Ma recherche veut montrer que dans nombre d'œuvres contemporaines il y a un vrai travail de destruction du chef-d'œuvre fini et une prise de position forte envers l'informe, comme représentation souveraine et autonome. Contre la dévalorisation de la critique, qui voit le non fini et l'informe comme des termes péjoratifs, je pose l'hypothèse que l'informe permet une compréhension active de l'œuvre moderne et contemporaine. À partir du travail théorique que j'aurai effectué d'une part sur l'idée de non finito chez quelques artistes de la modernité en art (Bacon, Giacometti, Bourgeois) et en littérature (Guyotat, Cahun, Jelinek), et d'autre part sur le processus de déformation et de dés-achèvement tel que je le lis dans l'œuvre théâtrale tragique de Heiner Müler, je me donnerai comme but d'écrire des textes qui présenteront des processus de dés-achèvement d'œuvres tragiques reconnues comme monuments littéraires.

Ma recherche veut donc aussi s'engager à produire une suite de sept petites « œuvres contemporaines tragiques non finies » qui mettront en scène, sur le modèle proposé par Müler, la destruction de tragédies connues. Comme j'ai l'intention de discuter ainsi l'idée de dés-achèvement que les contemporaines doivent opérer face aux monuments artistiques du passé, j'écrirai un essai qui servira de base théorique à mes pièces.