Les enfants qui voyagent seuls : le parcours des mineurs non accompagnés vers l'Union Européenne

 

Celia Luna Vives Gonzalez

Université de Montréal

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

Plus de 100.000 enfants non-accompagnés ont été demandeurs d'asile auprès de l'Union Européenne (UE) en 2015, et au-delà de 65.000 en 2016. Bien que le chiffre exact ne soit pas connu, les spécialistes estiment qu'au moins la même quantité de mineurs est entrée sans accompagnement dans l'UE et sans avoir soumis une demande d'asile. Le pourcentage d' enfants non-accompagnés est plus élevé parmi les migrants arrivant aux frontières maritimes du sud de l'UE. Par exemple, en Italie plus de la moitié des mineurs ayant soumis une demande d'asile pendant les années 2015 et 2016 ont migré de façon indépendante. L'arrivée de ces enfants pose des défis multiples, à la fois pour la gouvernance de la mobilité humaine globale et les études sur la migration forcée. Ce phénomène défie également le cadre juridique issu du contrôle de la migration non souhaitée vers l'UE, en soulignant les tensions existantes entre la protection des droits de l'enfant, les politiques migratoires et les pratiques anti-migratoires mises en œuvre aux frontières. En outre, cette migration transfrontalière de mineurs exacerbe davantage la dépendance croissante sur la militarisation des frontières, l'externalisation de la gestion des responsabilités en matière de migration vers les pays d'origine et de transit, et la détention et la déportation en tant qu'outils au service du contrôle et de l'exil. La spécificité de la problématique migratoire des enfants non-accompagnés et l'interaction des mineurs avec une architecture frontalière hostile sur la longueur des espaces liminaux de l'UE méritent des recherches scientifiques plus approfondies.

Ce projet met l'accent sur la migration maritime de mineurs non-accompagnés entrant dans l'UE par l'Italie, la Grèce et l'Espagne. Les objectifs visés sont : 1) Générer une cartographie de la migration des mineurs non-accompagnés (nombre d'entrées, points d'entrée et principales routes migratoires entre 2010 et 2017) ; 2) Élaborer un profil préliminaire des mineurs non-accompagnés qui traversent ces routes (origine, âge, motif de départ et parcours au sein de l'UE pendant les 12 mois suivants leur arrivée) ; 3) Documenter l'éventail des réponses institutionnelles à leur arrivée (mise en place de la déportation, détention, intégration au sein des institutions nationales de protection de l'enfance, etc.) ; et 4) Identifier les principales tensions entre le droit international humanitaire et la protection les droits de l'enfant, la politique nationale d'immigration et les pratiques du contrôle frontalier. Ce projet permettra d'identifier et de combler les lacunes dans les domaines des études des frontières et des études sur la migration forcée, spécifiquement dans le cas des mineurs non-accompagnés arrivant à l'UE par voie maritime. Cette démarche se trouve à la base d'un projet de recherche de plus grande envergure, qui cible le développement d'un réseau européen de gardes, entrainés afin de répondre adéquatement aux besoins propres à cette population. Les résultats permettront également d'étendre la compréhension du phénomène à d'autres frontières globales, à l'instar de celles de l'Australie et des États-Unis.