Les arts de la reconnaissance : stratégies et tactiques de l'intelligence entre identification et interactivité

 

Aleksandra Kaminska

Université de Montréal

 

Domaine : médias, communications et information

Programme à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

Ce projet examine de quelles manières les secteurs créatifs et technologiques tous deux participent au développement de technologies de reconnaissance, et étudie dans quelle mesure leurs activités présupposent et produisent différentes visions de « l'intelligence ». Ancrée dans les études médiatiques et s'appuyant sur des approches théoriques en arts médiatiques, en études sur les infrastructures, et en études sur l'innovation « STEAM », cette recherche aborde la reconnaissance—comme concept, technologie, et pratique— en tant qu'elle émerge de la rencontre de logiques et de techniques issues de domaines variés. Cette recherche repose sur une exploration théorique et historique du concept de reconnaissance à la fois dans sa portée politique—comme ce moment de visibilité dans lequel les individus peuvent être vus et entendus dans le monde—et technologique—en tant que processus et pratique de médiation qui permettent la lisibilité, la communication, et l'échange. Pour comprendre les pratiques stratégiques et tactiques liées à ces technologies dans différents domaines, le projet analyse des moments spécifiques au sein des secteurs créatifs et technologiques où les activités de reconnaissance se croisent et se chevauchent, que ce soit sous la forme de collaboration, d'appropriation, ou même de détournement.

Ce projet s'intéresse particulièrement à la manière dont les artistes dans le domaine des arts médiatiques contemporains participent à l'écosystème de l'innovation et contribuent aux négociations sur les utilisations, les protocoles, et les fonctionnalités de ces technologies. Le projet propose d'étudier les technologies de reconnaissance de façon holistique en considérant les logiciels (par ex. de reconnaissance faciale), le matériel électronique (par ex. la technologie RFID) et les matériaux intelligents (par ex. les revêtements réactifs) comme autant d'entités qui mettent en forme les pratiques de reconnaissance mécanisées. Utilisant les œuvres artistiques comme études de cas ainsi que des entretiens approfondis avec des artistes, des techniciens, et des experts des technologies, cette recherche examine la nature transdisciplinaire des technologies et pratiques de reconnaissance. Ce faisant, le projet suggère que la reconnaissance s'articule constamment en tension entre les idéaux d'interactivité et les exigences d'identification. Ce cadrage conceptuel permet de suivre la reconnaissance entre une perspective de validation et une perspective de surveillance, et met à profit la transition d'une lisibilité humaine à une lisibilité mécanique afin de tracer l'évolution des significations techniques et culturelles de la reconnaissance.

Enfin, en situant ces technologies émergentes comme des machines qui « reconnaissent » (et donc « discernent », « examinent », et « savent ») les corps et les identités, le projet envisage la reconnaissance comme une activité essentielle pour les infrastructures et les systèmes dits « intelligents ». Ainsi, il propose de comprendre la « réalité et l'imaginaire » de l'intelligence à travers le « paradoxe de la reconnaissance ». Télescopant l'art et la technologie au sein de l'étude, cette recherche articule la reconnaissance comme un projet politique, un processus de médiation, et un élément central dans les réalités et les imaginaires des infrastructures de connexion intelligentes entre humains et machines.