Le développement durable à travers les échelles locales et globales

 

Anna Kim

HEC Montréal

 

Domaine : gestion des organisations

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

Concours 2018-2019

À l'ère de la mondialisation, les organisations s'engagent fréquemment à coordonner leurs activités à différentes échelles (ex. entreprises multinationales opérant dans des contextes locaux, nationaux, régionaux et mondiaux). L'échelle fait référence aux « attributs spatiaux et temporels des processus » liés aux activités des organisations (Bansal, Kim et Wood, 2017: 9). L'organisation des processus s'effectue à travers plusieurs de ces échelles et implique non seulement des mouvements géographiques, mais aussi des considérations temporelles. Généralement, les grandes entreprises prennent de l'expansion en accélérant (« speeding up ») leurs activités tout en s'étendant (« spreading out ») (Massey, 1994), cela pour atteindre de plus grandes économies d'échelle (Chandler, 1990). Toutefois, le désir de produire et de distribuer toujours plus rapidement des produits et des services est souvent critiqué, car il a tendance à compromettre la durabilité du développement social et économique (ex. inégalité croissante et impact écologique).

Certaines organisations adoptent une approche alternative à la tendance générale de la mondialisation en limitant délibérément leurs activités dans de petites régions géographiques (ex. mouvement alimentaire local). D'autres organisations fonctionnent à plus grande échelle, mais s'efforcent d'adopter des pratiques alternatives pour s'engager localement avec plusieurs communautés distantes les unes des autres dans la poursuite du développement durable. Les organisations de commerce équitable (OCE), par exemple, soutiennent les producteurs des pays en développement en utilisant la demande des consommateurs pour le commerce éthique dans les pays développés (Nicholls et Opal, 2005). Ces organisations font face à des défis uniques dans la coordination temporelle et spatiale de leurs activités. Par exemple, une OCE peut choisir de ralentir la vitesse de production et de distribution des vêtements (ex. produits en Asie) pour des considérations sociales et environnementales, alors que ses concurrents, les marques fast fashion sur le même marché (ex. en Europe), ne s'imposent pas les mêmes contraintes. La question centrale qui motive la recherche proposée est donc : Comment les organisations développent-elles de nouvelles formes de coordination temporelle et spatiale afin de travailler à travers différentes échelles dans la poursuite du développement durable?

Ce projet prendra la forme d'une étude qualitative d'une OCE commercialisant des produits artisanaux dans 37 magasins au Canada, et ayant des partenariats avec 73 groupes de producteurs dans 27 pays en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Cette organisation adopte le principe d'« agir ici pour aider là-bas », en s'intégrant à des communautés locales au Canada (ex. bénévoles dans les magasins, partenariats locaux) tout en soutenant les communautés locales dans les pays en développement. Plus précisément, nous étudierons comment l'organisation a géré son processus de restructuration en 2013, alors qu'elle était au bord de la faillite après la crise financière mondiale de 2007-2008. Ainsi, ce contexte de recherche offre une occasion unique d'explorer d'autres façons de s'orienter vers le développement durable. La recherche contribuera à la théorie et à la pratique de l'organisation et de la gestion du développement durable tout en faisant avancer le programme de recherche portant sur les thèmes de l'échelle et du développement durable.