Le continuum des violences genrées en situation de refuge : une analyse du contexte québécois

 

Isabelle Auclair

Université Laval

 

Domaine : développement et fonctionnement des personnes et des communautés, et vie sociale

Programme soutien à la recherche pour la relève professorale

 Concours 2018-2019

À notre époque marquée par la multiplication des conflits, trop nombreuses sont les personnes pour qui entreprendre un processus migratoire constitue la seule alternative pour fuir les violences. Les déplacements humains n'ont jamais été aussi massifs et diversifiés (UNHCR, 2017). Paradoxalement, ces déplacements sont également caractérisés par un resserrement des frontières et un durcissement des règles migratoires pour les personnes cherchant refuge. Pour certaines d'entre elles, les frontières ne sont que virtuelles et peuvent être franchies relativement facilement tandis que pour d'autres, notamment les femmes, les personnes trans et les personnes racisées, ce parcours est empreint d'embûches, de difficultés et de violences (Barrett et Marshall 2017, Erickson 2017, Liew 2017). Dans ce contexte international où le nombre de personnes en situation de refuge est un des plus élevés de l'histoire; au Québec, l'été 2017 a été marqué par une couverture médiatique documentant l'augmentation des passages frontaliers et des demandes d'asile.

Les réponses politiques, organisationnelles ainsi que les résistances sociales négligent la prise en compte de la réalité des personnes en situation de refuge. En effet, le lieu de naissance, le genre, l'âge, la classe sociale et l'orientation sexuelle sont des facteurs déterminant la possibilité de traverser la frontière et de s'établir dans un pays étranger. Ces facteurs influencent également les violences qui seront vécues dans chacune des étapes de la trajectoire migratoire (Caron et coll. 2017, Charpentier et Quéniart 2016, França 2017, Freedman 2016), soit le prédépart, le déplacement et la situation de refuge. 

S'inscrivant dans le champ des études féministes des déplacements forcés et du refuge, la question centrale qui oriente cette recherche est la suivante : Comment les inégalités sociales influencent la production et la transformation des violences genrées qui affectent les trajectoires migratoires de personnes cherchant refuge dans la région de Québec. Ce projet, considérant les dimensions macrosociales, organisationnelles et individuelles vise l'atteinte des quatre objectifs suivants :

  1. Explorer l'intégration d'une perspective inclusive dans les politiques, lois et outils internationaux, fédéraux et provinciaux visant les personnes en situation de refuge;
  2. Analyser les enjeux, défis et bonnes pratiques dans le soutien organisationnel et les services offerts aux personnes en situation de refuge et victimes de violences;
  3. Documenter le continuum des violences dans les trajectoires migratoires de personnes en situation de refuge dans la région de Québec.

Finalement, ce projet permettra de 4) valider et bonifier le cadre théorique et méthodologique développé dans ma thèse doctorale (Auclair 2016) menée en Équateur auprès de réfugiées Colombiennes. La documentation, au Québec, des trajectoires migratoires individuelles et collectives ainsi que des mesures de soutien permettra de dresser un portait contextualisé et d'analyser et comprendre les inégalités qui nourrissent le continuum des violences.

Le projet prévoit l'implication d'étudiant-e-s des trois cycles lesquel-le-s développeront et mettront en pratique des connaissances en gestion de projet et en éthique et complèteront leur formation dans les dimensions méthodologiques, analytiques et de transfert de résultats. La diffusion des résultats ciblera à la fois le grand public et le milieu scientifique (conférences et articles).